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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 17:55
 
 
Le Festival de Pordic poursuit sa route. Une route sinueuse qui relie le baroque à la modernité. En 2013, nous rendons hommage à l’esprit de tolérance et au dialogue entre les cultures.
 
En cela, le festival reste fidèle à Louis Massignon (1883-1962), le « cheik admirable » selon Paul Claudel. Il est mort il y a un demi-siècle, et il est resté toute sa vie très attaché à Pordic et a donné son nom à la salle de concerts du Centre culturel de la Ville Robert à Pordic, où se déroulent traditionnellement les concerts de piano du festival.
 
Louis Massignon a été l’artisan d’un dialogue entre le monde chrétien et le monde musulman. Il ne saurait être question de résumer ici les aspects divers de cette figure tant ils sont riches, complexes, enchevêtrés et unis, et tant l’œuvre est océanique. Homme de foi soumis à l’église catholique au point de rechercher (lui homme marié et père de trois enfants) à être ordonné prêtre (ce qu’il fit au Caire en 1950 sans que son ordination soit rendue publique et après avoir demandé à Pie XII l’autorisation de passer du rite latin au rite grec-catholique), il vouait un culte particulier à Jeanne d’Arc et à Marie Antoinette qu’il réunissait dans le thème du procès infamant et des combattants de la guerre sainte Il s’était lié à Charles de Foucauld, à Huysmans, à Paul Claudel…
 
Précisons seulement qu’il a été à l’origine du pèlerinage aux Sept dormants d’Éphèse, un pèlerinage commun aux musulmans et aux chrétiens qui se tient chaque année à Vieux Marché (Côtes d’Armor).
 
Homme de science, il est unanimement considéré comme le plus grand orientaliste français du XXe siècle, non seulement par l’ampleur des domaines qu’il connaît en profondeur, de la grammaire au mysticisme en passant par les mouvements sociaux (la « futuwwa »), l’art, la philosophie, les sectes… mais aussi pour son extrême rigueur scientifique : travaux de topographie, plans de villes, relevés géographiques, généalogies et listes de noms, exigence philologique et linguistique…
 
Quelques ouvrages de Louis Massignon :
- Écrits mémorables, 178 textes Robert-Laffont, coll. "Bouquins", 2 volumes, 2009
- Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane, rééd. Cerf, 1999
- Les Trois Prières d'Abraham, Cerf, 1997
- Parole donnée, rééd. Seuil, 1983
 
La biographie de référence sur Louis Massignon est signée de Christian Destremau, Jean Moncelon, Massignon, le cheik admirable (Paris, Plon, 1994).
 
 
Les concerts du Festival de Pordic qui sont habituellement programmés dans la Salle Massignon du Centre Culturel de la Ville-Robert (Pordic) seront, cette année, accueillis à Plérin (6 km de Pordic), par Le Centre Culturel Le Cap. En effet, pour des raisons techniques, la salle Massignon sera indisponible à cette période. Les autres concerts se dérouleront à la chapelle du Vaudic, le lieu de naissance du festival, qui offre une acoustique idéale dans un cadre campagnard. Un concert Pro-Bono (entrée gratuite) est également programmé à l’église Saint-Pierre de Pordic.
 
 
Il y a dix ans disparaissait un véritable « homme de musique » qui aura, lui aussi, été un artisan du dialogue interculturel. Edward Wadie Saïd (en arabe : إدوارد وديع سعيد), né à Jérusalem en 1935, est mort à New York en septembre 2003 à l'âge de 67 ans, après une lutte de dix ans contre la leucémie. Edward Saïd est un théoricien littéraire, un critique et un intellectuel palestino-américain. Il a enseigné, de 1963 jusqu'à sa mort, la littérature anglaise et la littérature comparée à l'université Columbia de New York. Il est l'auteur de nombreux livres de critique littéraire et musicale, il a beaucoup écrit aussi sur le conflit israélo-palestinien et sur le Moyen-Orient. Son ouvrage le plus célèbre est L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident (Orientalism), publié en 1978 et traduit trente-six langues dont le en français (aux Éditions du Seuil en 1980).  
 
Musicien accompli, il a collaboré avec son ami le chef d'orchestre argentin et israélien Daniel Barenboïm et le Chicago Symphony Orchestra à une nouvelle production de Fidelio de Beethoven, pour lequel il a écrit un nouveau livret en anglais qui remplace les dialogues parlés. Par ailleurs, il a organisé un atelier avec Daniel Barenboïm et Yo-Yo-Ma pour les jeunes musiciens arabes et israéliens à Weimar, en Allemagne en 1999. La Fondation Barenboïm-Said parraine plusieurs programmes d'éducation musicale dans les territoires occupés, un atelier, l'orchestre et des jardins d'enfants musicaux. Edward Saïd a plaidé pour la légitimité politique et l'authenticité philosophique des revendications sionistes des droits à une patrie juive, mais aussi du droit inhérent à l'autodétermination nationale du peuple palestinien. Militant des droits des Palestiniens, il a été membre du Conseil national palestinien de 1977 à 1991.
 
Edward Saïd a articulé ce dialogue interculturel en musique. Il a fondé avec Daniel Barenboïm une fondation visant à promouvoir la paix au Proche-Orient par le biais de la musique classique, grâce à la formation d'un orchestre symphonique composé d'Israéliens et d'Arabes : l'Orchestre Divan occidental-oriental (un titre qui réfère à Goethe). Edward Saïd et Daniel Barenboïm ont cosigné un ouvrage d'entretien sous le titre Parallèles et Paradoxes (Le Serpent à Plumes, 2002, épuisé). E.W. Saïd aura aussi été le critique musical de The Nation pendant plusieurs années. Le premier texte traduit ci-après (Bach à l’orgue, Bach for the Masses) provient d’un article publié dans The Nation en 1998. En novembre 2004, le Conservatoire de musique national de l'université de Beir Zeit est devenu le Conservatoire Edward Saïd.
 
Quelques ouvrages d’Edward Saïd traduits en français :
 
- L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident, [Orientalism, 1978], traduction de Catherine Malamoud, préface de Tzvetan Todorov, Le Seuil, 1980, (rééd. augm., 2003), 392 pages
 
- Parallèles et paradoxes. Explorations musicales et politiques, [Parallels and Paradoxes: Explorations in Music and Society, 2002], avec Daniel Barenboïm, Le Serpent à plumes, 2003, 239 pages, épuisé
 
- Du style tardif, [Thoughts on Late Style, 2004], traduction de Michelle-Viviane Tran-van-Khai, Actes Sud, 2012
 
- Music at the Limits, Columbia University Press, 2009, 344 pages (non traduit). Il se trouve que cet ouvrage, recueil d’articles sur la musique, est un livre passionnant. Musicien lui-même et musicologue passionné, son livre montre une vision très exigeante de la musique classique.
 
Quelques passages de Music at the Limits serviront de fil conducteur à la présentation des œuvres données au festival de Pordic 2013. Vous pouvez trouver sur le site de  http://www.musicologie.org/ la traduction d’un ensemble de réflexions d’Edward Saïd sur les festivals de musique sous le titre : LES FESTIVALS POURQUOI
 
- en accès direct sur http://bit.ly/13FdlSV et sur http://bit.ly/Xqy6xV.
 
Quelques-uns des textes d’Edward Saïd consacrés à Jean-Sébastien Bach figurent sur Musicologie.org.
 
Brittany Mélodies, mai 2013
 

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