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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 11:00

 

   
du 24 au 31 août 2013
8ème Festival de Pordic
 
 
 
 
 
Vendredi 30 août 2013 | 20h30 | Centre Culturel Le Cap (Plérin)
LES HÉROÏNES DE L'EXTRÊME
Laura Losada, soprano, Frédéric Calendreau, piano     
 
Gaetano Donizetti (1797-1848)
Lucia di Lammermoor (2 airs de Lucia)
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)      
La Flûte Enchantée (2 airs de la Reine de la Nuit)  
Jacques Offenbach (1819-1880)
Les Contes d'Hoffmann (air d'Olympia)  
Enrique Granados (1867-1916)  
2 Tonadillas : El majo discreto; El tralalà y el punteado
Enrique Granados
3 Canciones amatorias : Mira que soy niña, amor déjame ; Mañanica era ; Serranas de Cuenca
 
 
Frédéric Calendreau, piano     
 
Wolfgang Amadeus Mozart      
La Clémence de Titus (ouverture)      
Frédéric Chopin (1810-1849)    
Nocturne N°2 en mi bémol majeur
Nocturne N°8 en ré bémol majeur
  
         
Frederic-Calendreau-pour-blog-recadree.jpg        Laura Losada
 
-> Lire le parcours de Frédéric Calendreau et de Laura Losada
         
 
 
 
 
 
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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 10:55

 

 

Frederic-Calendreau-pour-blog.jpg

 

 

 

Après avoir obtenu un premier prix de piano au Conservatoire de Bordeaux, Frédéric Calendreau entre en cycle spécialisé d'accompagnement au piano dans la classe de Christine Rouault. Tout en achevant un Master de sociologie de la musique à l'Université de Paris-Sorbonne, il est admis à l'unanimité au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il étudie avec Erika Guiomar et Jeff Cohen.

 

Frédéric Calendreau est l'accompagnateur du baryton-basse Aurélien Pernay, de la soprano Janny-Paule Capcarrère et de la violoniste Céline Vaudé (Münchner Philharmoniker). Chef de chant pour diverses productions, dont celle des Noces de Figaro au CNSM en 2010, il est sollicité pour accompagner des stages d'art lyrique. Passionné par la mélodie française et le Lied, il a notamment adapté les Quatre derniers Lieder de Strauss à l'orgue.

 

Du 20 au 27 juillet  2013 à Erquy, Frédéric Calendreau (Master d'accompagnement au CNSM de Paris - classe de Mme Erika Guiomar) accompagne au piano la classe d'Art Lyrique . Ce stage d’Erquy est destiné à des stagiaires déjà expérimentés car le concert de fin de stage sera public.

 

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 10:54

 

 

Laura Losada

 

 

 

Laura Losada, née à San Sébastian, très tôt passionnée par la musique et les langues étrangères (Français, Italien, Anglais, Allemand, Néerlandais et bien sûr Espagnol), étudie le piano, l'harmonie, les formes musicales et le solfège aux conservatoires de Bilbao et Vitoria en Espagne.

 

Arrivée à Paris, elle entreprend des études de technique vocale au Conservatoire Gustave Charpentier (XVIIIème) auprès de Michèle Claverie, Claude Calès et Françoise Macciochi. Décrochant son diplôme de fin d'études, mais désirant parfaire ses connaissances, elle décide de suivre l'enseignement de Madame Isabel Garcisanz au Conservatoire Francis Poulenc (XVIème).

 

De plus en plus en plus intéressée par l'art lyrique dans son ensemble, Laura suivra ensuite les cours de chant, de musique ancienne, de musique de chambre, de formation musicale et de direction de chœur aux Conservatoires de Montreuil et de Châtillon, d'où elle sortira gratifiée d'un Premier prix de chant niveau excellence et musique de chambre.

 

Commence alors pour elle une carrière de concertiste (Schubert, Salle Dunois à Paris), spectacles autour de Clara Schumann au festival de Pordic et à Paris, récital voix et piano de musique espagnole à Algorta (Bilbao), de nombreux autres concerts commandés par les ambassades d’Espagne en  Allemagne, France et en Suisse...

 

L'éclectisme et la maturité de Laura vont très vite l'amener à se produire dans de nombreuses productions d'opéra, d'opérette, de Zarzuela, au travers d'œuvres mises en scène ou concertantes : Extraits de l’Opéra de 4 sous, Kurt Weill, du Candide de Bernstein, du Rake’s Progress de Stravinski au cours du labyrinthe de la voix au château de Rochechouart, La tabernera del Puerto, La del manojo de Rosas (P. Sorozabal) à Bilbao,  rôle de Franquita (Carmen) à Châtillon... ainsi que d'oratorio : « Missa Solemnis Johannes de Deo » Haydn, en l'Eglise de Charonne...

 

Ainsi, ces dernières années lui auront permis de vivre sa passion pour la scène, puisque Laura a eu le plaisir de se produire en Sologne (Juillet 2011 et 2012) pour deux récitals d'airs d’opéra français (Olympia, Manon, Thérèse…), sur la scène de l’opéra de Massy Palaiseau dans le rôle de Olympia et Giulietta des Contes d’Hoffmann en 2011 ainsi que Belinda du Dido and Aeneas de Purcell en 2012 et sur Paris, dans plusieurs « Salons musicaux » de musique romantique Schumann, Schubert, Brahms...

 

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 10:00

 

du 24 au 31 août 2013

8ème Festival de Pordic

 

 

 

 

 

Samedi 31 août 2013 | 20h30 | Centre Culturel Le Cap (Plérin)

BAROQUE & MODERNITÉ (II) : de Bach à Busoni, de Haendel à Brahms

Yedam Kim, piano

 

Ferruccio Busoni (1866-1924)

3 chorale préludes BV B27 (1898) (arrangements d’œuvres pour orgue de J.S. Bach)

(1. Komm, Gott, Schöpfer, BWV 667  – 2. Wachet auf, ruft uns die Stimme, BWV 645  –- 3. Nun komm' der Heiden Heiland, BWV 659)

Ferruccio Busoni (1866-1924)

Variations sur le prélude de Chopin Op.22 (Kind. 213a) (1922)

Frédéric Chopin (1810-1849)

Introduction et Rondo Op.16

Johannes Brahms (1833-1897)

Variations et fugue sur un thème de Haendel Op.24

 

Yedam Kim, jeune pianiste coréenne habituée de Pordic, nous proposera un autre parcours qui reliera le plus haut du baroque au romantisme le plus échevelé, avec des œuvres de Ferruccio Busoni, de Frédéric Chopin et les variations Haendel de Brahms.

 

 

 

Y-Kim_-autre_recadrage2.jpg

 

-> lire le parcours de Yedam Kim

 

 


 

Ferruccio Busoni (1866-1924)

 

- Qui était Ferrucio Busoni ? ->

- Quelques aspectss de Busoni ou La vie de virtuose (Virtuosenlaufbahn) ->

- Quelques lettres de Busoni ->

- Sur l'Esquisse d'une nouvelle esthétique musicale de Ferrucio Busoni ->

- Comment on jugeait Busoni en son temps (1906) ->

 

     

3 chorale préludes parmi les 10 BV B27 (1898) (arrangements d’œuvres pour orgue de J.S. Bach)

 

1. Komm, Gott, Schöpfer, BWV 667

2. Wachet auf, ruft uns die Stimme, BWV 645

3. Nun komm' der Heiden Heiland, BWV 659

4. Nun freut euch, lieben Christen, BWV 734

5. Ich ruf' zu dir, Herr, BWV 639

6. Herr Gott, nun schleuß den Himmel auf, BWV 617

7a. Durch Adam's Fall, BWV 637

7b. Durch Adam's Fall. Fuga, BWV 705

8. In dir ist Freude, BWV 615

9. Jesus Christus, unser Heiland, BWV 665 

 

 

         

 


Ferruccio Busoni (1866-1924)

 

Variations sur le prélude de Chopin (Kind. 213a) (1922)

 

Busoni a écrit cette oeuvre en 1884 et l'a reprise en 1922, à la fin de sa vie

 

 

    

 

 

 


Frédéric Chopin (1810-1849)

 

Introduction et Rondo Op.16

 

L’œuvre est écrite en forme de rondo, elle commence par une introduction passionnée en ut mineur, suivie par le thème principal joyeux en mi bémol majeur. Le deuxième thème est lui aussi plein de vie, mais un peu plus retenu que le premier. Pour conclure, le thème principal revient suivi d'une coda virtuose. L’œuvre est très variée et intéressante, mais difficile d’exécution. Elle dure environ dix minutes.

 

 

      

 

 

 


Johannes Brahms (1833-1897)

 

Variations et fugue sur un thème de Haendel Op.24

 

 

Le thème choisi par Brahms est un Aria emprunté à la première des trois Leçons pour clavecin que Hændel avait composé pour les petites princesses, filles du prince de Galles.

 

Hændel lui-même avait déjà traité cet Aria en variations mais assez petitement puisqu’il n’en avait tiré que cinq variations pour des élèves assez peu expérimentées à ce qu’il semble, et surtout avec les moyens restreints de la technique de clavier de l’époque. Or ici, non seulement Brahms en tire vingt-cinq variations et une fugue gigantesque, mais encore il fait faire à la technique de clavier un certain nombre de progrès extrêmement audacieux, demandant à l’instrument comme à l’instrumentiste des performances tout à fait inhabituelles même à l’époque romantique. En ce sens, on peut bien dire que cette œuvre est digne de son sujet, haendélienne comme elle l’est par ses dimensions, sa carrure, son mouvement sa puissance, sa musculature, un air de santé très typique du vieux maître classique.

 

Il y a donc entre l’œuvre de Brahms et celle de Hændel, une parenté spirituelle évidente et profonde. -> lire la suite du texte de Claude Rostand

 

 

 

 

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:55

 

 

Y-Kim_-autre_recadrage2.jpg

 

 

 

Née en 1988 à Incheon en Corée du sud, Yedam Kim commence ses études de piano à l'âge de six ans. Elle étudie à l'école des Arts Yewon ainsi qu'à la « Korea National University of Arts » avec Eun-ock Kim, Hae-jeon Lee et Choong-Mo Kang et elle remporte plusieurs premiers prix dans des concours nationaux en Corée. Arrivée en France à quatorze ans, elle a travaillé avec Billy Eidi au CNR de Paris où elle a obtenu le Premier Prix à l'unanimité en 2004. Elle est admise la même année à l'unanimité au CNSMD de Paris dans la classe d’Henri Barda où elle reçoit en 2008 son Diplôme de Formation Supérieure de Piano avec une mention très bien au récital du prix. En 2010 elle a obtenu son Diplôme de Master avec la mention très bien à l’unanimité dans la classe de Bruno Rigutto.

 

Yedam Kim est lauréate de plusieurs concours internationaux : 1er Prix au Concours Steinway (France, 2003), 1er Prix au Concours international de San Sebastian (Espagne, 2003), 2ème Prix au Concours international d’Ile-de-France (France, 2008) ainsi que le 2ème Prix au Concours FLAME (France, 2008). Demi-finaliste au Concours international MariaCanals à Barcelone en 2006, elle a gagné en 2008 le 2ème Prix avec le Prix du meilleur interprète de morceau contemporain au concours international de Piano Campus et le 4ème Prix avec le Prix du meilleur interprète de la musique française au Concours international d’Andorre. En 2009, elle a remporté le 1er Prix et le Prix de public au Concours international de Mayenne et le Grand Prix et le prix de public au Concours international Alain Marinaro à Collioure et le 1er Prix au Concours international de Gabriel Fauré et musique française à Pamiers. Elle est lauréate-boursière de la Fondation de France, de la Banque Populaire - Natixis, d’ADAMI 2009, de la Fondation Yamaha Europe, de la Fondation Meyer et d’Oriolis.

 

Depuis plusieurs années, Yedam Kim se produit régulièrement en concert. Elle a joué le 3ème concerto de Rachmaninov avec l'Orchestre Symphonique du C.N.R. de Paris dirigé par Pierre-Michel Durand et le 1er concerto de Chopin avec l'orchestre Ostinato dirigé par Jean-Luc Tingaud lors de la finale du Concours Piano Campus. En 2006, la Salle Cortot l'accueille dans le cadre du Concert Animato. Elle a donné des récitals à Séoul, Barcelone, Paris, Lyon, Sisteron, Pordic, Mayenne, Salzburg et Gênes lors de nombreux festivals. Elle s'est aussi produite au Festival Chopin à Paris (Salle Pleyel, Parc de Bagatelle), aux Rencontres internationales Chopin à Nohant, au Festival Pianoscope à Beauvais, au Festival Les nuits Romantiques du Lac du Bourget, au Festival Jeunes Talents, au Festival Musique en Fronsadais, à l’Académie Santander en Espagne et au Festival Piano classique à Biarritz, au Festival Orphèo aux Pays-Bas. Elle se produit en octobre 2010 au Théâtre musical de Besançon, à la Philharmonie Nationale de Perm en Russie ainsi qu’au ‘Tchaikovski Hall’ à Moscou en soliste avec l'Orchestre du Conservatoire de Paris.

 

Actuellement, elle poursuit ses études de musique de chambre dans la classe de Jean Sulem.

 

(Source : FN Banques populaires)

 

Quelques vidéos provenant de concours internationaux pour se faire une idée du jeu de Yedam Kim :

 

 

- Chopin

 

 

- Moussorgski Tableaux d'une exposition 

 

 

- Beethoven Sonate Waldstein (demi finales)

 

 

- Debussy, Bach (BWV 903), Moussorgski (Tableaux d'une exposition) (finale, 1er Prix)

 

 

- Scarlatti, Brahms (Variations Haendel)

 

 

 

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:50

 

 

Ph21 Busoni

 

 

 

 

... l’un des compositeurs les plus sous estimés du XXe siècle selon Edward W. Saïd…

 

Contemporain de Claude Debussy et de Richard Strauss, Ferruccio Busoni (1866-1924) apparaît aujourd’hui encore comme l’une des plus fortes personnalités musicales du XXe siècle.

 

Compositeur, pianiste virtuose, homme de théâtre, il fut aussi un pédagogue et un théoricien extrêmement audacieux. Homme d’ouverture par excellence, Busoni n’avait pas sur l’avenir de la musique une vue étroite, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

Dans son Esquisse d'une nouvelle esthétique musicale, il décrit « la musique est née libre et son destin est de conquérir la liberté ». Edgar Varèse, apôtre lui aussi d’une certaine liberté dans la composition fut profondément marqué par ces théories, et, de cet « homme qui incitait les autres à penser et à créer », il a souvent souligné l’importance historique : « Il fut le premier au début de ce siècle [XXe] à concevoir une nouvelle technique de l’art. Il a prévu tout ce qui devait arriver »

 

 

(Source photo : www.rodoni.ch)

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:48

 

 

 

    Ph22 Busoni

 

 

 

 

Ferruccio Busoni écrit en 1895 ce poème humoristique intitulé Virtuosenlaufbahn

 

Pour commencer, l’horaire des trains. S’y retrouver.

Le voilà, enfin : page cent trois. Pas de correspondance.

La liaison est-elle donc impossible ? Pas de wagon-lit ?

Amen, ça ne fait rien. Ensommeillé et transi, j’arrive à onze heures. Un type est là : « La répétition attend ».

« Je n’ai pas encore pris mon petit-déjeuner ».

Il me répond : « Désolé, la répétition est publique ». Allons-y, donc.

Je cours hors de l’hôtel, l’adjoint me reçoit sur un ton aigre-doux :

« Vous êtes en peu en retard ! Mademoiselle a chanté ses morceaux depuis un momentdéjà ».

Je me précipite au piano.

Mes habits de voyage, je les porte encore.

Mes mains sont froides.

Maintenant, c’est fait.

Malheureusement, le critique était là : trop vieux pour sortir le soir.

Qu’importe si le soir ça fonctionne à merveille ?

La recension se fait à partir de la répétition.

Seulement, pas de bis, car il est déjà tard et la gare assez loin.

Encore trempé, j’atteins mon coupé.

« Messieurs, en voiture ! » et le train est déjà en branle.

Et encore une fois on part sans dîner, et demain matin la répétition est à dix heures.

 

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:46

     

   

Ph18 Busoni Berlin 1920

 

 

 

Busoni rédige ses lettres en quatre langues, dont le français. Il en résulte de petites fautes.

 

BUSONI A BIOLLEY impresario et ami

Busoni se retrouve à Neuchâtel pour un récital organisé par Biolley deux jours seulement après. Il écrit le 10.11.1917 à son ami suisse banquier (Mus. ep. F. B. 179):

« Je n’ai que 2 jours pour préparer 2 programmes, et je m’étais arrangé à l’idée d’avoir 6 jours pour en étudier un. Je tâcherai d’y arriver, quoique ça soit une fatigue eccessive (sic) ; mais il serait une grande facilitation si on annonçait à Neuchâtel les 12 Études de Chopin au lieu des 24 Préludes. »

 

BUSONI A ISIDOR PHILIPP, Zurich, 31 Juillet 1920

Mon cher ami Philipp,

maintenant c’est décidé, j’irai à Berlin. - Voilà d’abord les raisons:- mon habitation est menacée1, si je ne me montre pas présent -- je dois assister aux répétitions de mes opéras -- je suis débiteur d’une visite personnelle et artistique -- j’ai accepté la classe de maîtrise en composition à l’Académie de l’État: donc, j’y vais, je suis obligé d’y aller; mais je considère l’entreprise toujours comme expériment, (presque une épreuve) et déjà j’envisage la tragique possibilité d’un nouveau déménagement. Je me suis réservé la liberté de six mois, du 1er Janvier jusqu’à la fin de Juin- pour mes projets de Paris, Londres et Rome. J’aimerais fixer d’abord Paris, comme point de départ. Je vous prierai donc d’avoir la grande bonté et patience de vous occuper des dates. Je pense que les deux concerts à la Société du Conservatoire, les deux avec Pierné et deux ou trois récitals formeront une série plus que suffisante - si ce n’est déjà trop. Ces jours ont été assez énervants, avec ses conférences et discussions, les doutes et les décisions. -Jeté hors de toute possibilité de concentration; je suis incapable de travailler. Il faut vite en finir, pour ------ recommencer, et ainsi da Capo al fine...Nommez-moi les morceaux proposés aux concerts d’orchestre, je les ai oubliés. Je vous souhaite un bon repos à St. Bernard. Embrassez-moi Marcelle (si elle est là) comme je vous embrasse (par amour ou par force).Votre affectueusement dévoué.

F. Busoni

 

1 la crise économique créa un état diffus d’incertitude, in ogni campo, alimentant la criminalité.

     

 

 

(Source photo : www.rodoni.ch)

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:44

 

 

 

 

Ph23 Couv Esquisse Busoni

 

 

 

 

[...] Cette période [1904] marque un tournant décisif dans la carrière du pianiste-compositeur, ainsi que le souligne Paul-Gilbert Langevin:

 

Tout comme pour Schönberg après les «Gurrelieder», il n'était plus possible à Busoni d'écrire tout à fait la même musique qu'auparavant. En mettant cette œuvre sur le papier, il s'était libéré de l'emprise du romantisme germanique; et son premier soin fut de codifier sous forme littéraire les principes qu'il méditait.

 

Ainsi prit forme l'« Esquisse d'une nouvelle esthétique musicale », petit livre écrit en 1906 et publié l'année suivante. Désormais le pianiste génial se mit à réfléchir à l'avenir, stupéfiant certains de ses contemporains, et à organiser tout un ensemble de manifestations consacrées à la musique de son temps. Pendant plusieurs années, jusqu'en janvier 1909, il invita de nombreux compositeurs étrangers (Béla Bartok, Jean Sibelius, Carl Nielsen, Vincent d'Indy entre autres) à diriger leurs œuvres et fit découvrir aux Berlinois une partie importante de la musique française (de Berlioz à Albéric Magnard en passant par Franck et Debussy), ainsi que certains aspects peu connus de l'œuvre de Liszt.

 

Ce « grand Européen » de la musique consacra dès lors toute son énergie à préciser ses idées théoriques, à les appliquer dans sa musique et à les divulguer auprès de ses admirateurs. [...]

 

La disparition de l'artiste en 1924 a fait oublier peu à peu sa personnalité pourtant exceptionnelle. Qu'il s'agisse des œuvres inspirées par Jean-Sébastien Bach, des opéras ou du répertoire instrumental, sa musique conserve une position clé, ainsi que l'explique Paul-Gilbert Langevin:

Nulle part mieux que dans l'œuvre de Busoni - si ce n'est (mais d'une tout autre manière) chez Sibelius ou chez Schönberg - ne se marque la transition entre l'âge romantique et la musique de notre siècle.

 

L'interprète reste aussi un des plus marquants pour bien des pianistes -d'aujourd'hui. Vlado Perlemuter, qui l'entendit à Paris en 1919-1920, affirme:

 

« Il jouait tout à la perfection. Sa maîtrise technique était immense. [...] Serge Rachmaninov et Wilhelm Backhaus pour lesquels j'ai eu la plus profonde admiration avaient le genre de maîtrise de Busoni. Mais leur jeu, aussi orchestral, était plus massif, plus « matériel ». Busoni libérait des couleurs, des timbres de son piano, mais sans pesanteur, sans épaisseur. Son jeu de pédale était d'une subtilité confondante ainsi que son toucher ».

S'il reste aujourd'hui le disque pour retrouver ses œuvres, quelques « rouleaux » pour ses interprétations pianistiques, ses idées théoriques méritent d'être redécouvertes...

 

[...] Avec son « Esquisse d'une nouvelle esthétique musicale », publiée en 1907 puis rééditée avec quelques modifications en 1916, le théoricien ébranle radicalement le monde musical de son époque et le langage des créateurs: il y remet en question le matériau - trop limité selon lui - du compositeur et propose de nouvelles perspectives, une reconsidération de la notion de forme, une libération de la musique grâce à l'emploi des tiers de ton ou des machines notamment. La présente traduction s'appuie sur la première version (1907) qui nous a semblé la plus intéressante du fait qu'elle constituait la base (« achevée») des pensées de Busoni et que les parties les plus substantielles rajoutées dans la version de 1916 avaient déjà été publiées sous forme d'articles dans des revues musicales. Néanmoins, le lecteur trouvera la quasi-intégralité des éléments supplémentaires dans le texte lui-même (entre crochets) ou dans les articles suivants (indiqués par des renvois). Cet essai fondamental a de plus été complété sur certains points précis par divers articles qui figurent à sa suite.

 

Pour cerner l'impact de l'« Esquisse »... - dont la première version était quasiment passée inaperçue - sur l'entourage de Busoni, il semblait intéressant d'exposer les points de vue divergents d'une polémique importante. Hans Pfitzner, dont Busoni fut l'un des premiers à reconnaiître le talent (il l'invita même à diriger son « Scherzo symphonique » lors d'un concert de musique contemporaine à la «Beethoven-Saal» de Berlin), s'opposa vivement à certaines de ses idées et se sentit obligé d'écrire une longue critique (« Le danger futuriste »), que l'on pourrait presque qualifier de contre-projet, et où apparaît, énoncée de façon très méthodique, la pensée traditionaliste de l'époque. Cet article, la réponse apportée par Busoni (« À Hans Pfitzner ») et un commentaire, jamais publié, de Schönberg* (Fausse Alerte) sur cette querelle figurent dans la troisième partie du livre (Polémiques) à titre de matériel critique.

 

Parallèlement à la prise de position du théoricien sur les questions de technique de composition et d'interprétation des musiques du passé, une seconde partie de ce recueil (Réflexions, humeurs) rassemble des textes plus généraux traitant de la pratique et de la vie musicales ou exposant des pensées globales sur divers sujets. Ici, transparait autant que dans l'« Esquisse.. .» (certains de ces articles ont d'ailleurs été intégrés en 1916 à la seconde version de l'ouvrage) la personnalité anticonformiste de Busoni. Ennemi des « législateurs » et de la routine, adepte de la liberté, le musicien apparaît partagé entre la volonté ardente de faire évoluer une situation figée et la reconsidération - destinée peut-être à «rassurer» une partie de ses lecteurs - de certains fondements de la musique. [...]

 

Parlant de Busoni, Edgar Varèse écrit: « Il fut le premier, au début de ce siècle, à concevoir une nouvelle technique de l'art. Il a prévu tout ce qui devait arrive ». D'autres compositeurs plus proches de nous, Luigi Dallapiccola et Wolfgang Rihm surtout, se sont référés à certaines idées du théoricien, et les développements les plus récents de la musique ne font parfois que souligner l'étonnante dimension prophétique de ses écrits. L'ouverture dessinée par Busoni vers la liberté de l'art (opposable aux théories et principes de plus en plus contraignants de Schönberg), vers son avenir demeure exemplaire, et sa « leçon » tout à fait actuelle, de même que sont encore valables (et combien!) certains de ses jugements sur les « habitudes » musicales. Ce grand humaniste, cet être généreux nous laisse une réflexion qu'il faut parfois décrypter en raison d'un style littéraire hétérogène et de quelques contradictions. Mais quelle que soit son « enveloppe », le message, lui, est fort. [...]

 

* Les rapports, parfois très tendus, de Busoni et de Schönberg révèlent en général une estime réciproque. Dans une lettre de 1912 à Kandinsky concernant le Cavalier bleu, le compositeur viennois écrivait: « Ne voudriez-vous pas également demander une contribution à Busoni ? Il est très proche de nous. Lisez Pan du 1er février ou sa « Nouvelle Esthétique musicale ».

 

(Source : http://www.rodoni.ch/busoni/books/esthetique.html)

 

 

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 09:42

 

 

 

 

 

 

 

Ferruccio Busoni vu par Lazare Ponnelle

Article publié dans le Mercure Musical du 01-08-1906

 

Il n'y a pas très longtemps, sept ou huit ans tout au plus, que je connais personnellement Ferruccio Benvenuto Busoni. J'arrivais de ma province. Le hasard nous mit en relation. La finesse et la souplesse de son intelligence, son horreur de la banalité m'ont vite conquis. Nous nous liâmes d'amitié. On me permettra maintenant de « situer » l'artiste et son œuvre. La renommée de Busoni a gagné les deux mondes. On acclame le virtuose de Paris à New- York, à Berlin et à Londres. La hardiesse, la nouveauté et la perfection serrée de son jeu tiennent du prodige. Sa technique représente le point culminant de l'étude du piano. Elle ne relève pas de l'odieuse acrobatie, mais s'inspire de qualités proprement musicales. Elle aboutit à des sonorités dont le piano semblait jusqu'alors incapable. Busoni fonde son art sur des émotions de poète. Il triomphe par un prestige qui éblouit l'imagination et l'oreille, par des accents qui touchent profondément le cœur. La noblesse de l'interprétation décèle un de ces grands esprits comme il ne s'en est pas rencontré depuis Liszt. Elle s'élève à la hauteur d'une création. Qu'on l'entende et l'on reconnaîtra que par son âme vibrante et pensive, par sa sensibilité réfléchie, Busoni pourrait bien être le plus grand des « poètes » du piano. Héritier de Liszt par le génie, Busoni participe aussi de la grandeur d'âme et de la bonté proverbiale du vieux maître. Par la générosité de sa nature, par son absolu désintéressement, il s'impose à l'admiration de tous. Chef d'orchestre, Busoni s'applique à défendre et à propager au milieu d'un public docile aux admirations conventionnelles les productions de la jeune école. Ses préférences vont à celles qui n'ont pas encore été jouées. Il recueille en même temps les chefs-d'œuvre du passé tombés prématurément dans un injuste oubli. Tel est le but qu'il poursuit, depuis trois ans, avec une persévérance inlassable, en des Orchester-Abende fondées de ses propres deniers. Ce sont les Français qui bénéficient le plus largement de son initiative dévouée. Qu'on en juge. Je transcris au hasard des programmes quelques-unes des œuvres dirigées par Busoni : Guy Ropartz. Pêcheurs d'Islande. Saint-Saëns. Ouverture des Barbares. Th. Ysaye. Concerto pour piano. Delius. Paris, tableau musical. Vincent d'Indy. L'Etranger, prélude du 2e acte. — Suite française. Claude Debussy. Prélude à l'Après-Midi d'un Faune. — Nocturnes. Albéric Magnard. 3e Symphonie. Eugène Ysaye. Poème élégiaque. Paul Delune. 3e Symphonie. César Franck. Le Chasseur maudit. — Les Djinns. — Prélude, Choral et Fugue, orchestration de G. Pierné. Hector Berlioz. Les Nuits d'Eté (Mme Ida Ekman). — Marche troyenne.

 

Busoni conduit l'orchestre avec une rare autorité. Il a la sobriété du geste, le mépris des effets faciles et vulgaires. Ses indications sont nerveuses, rapides et sûres. Il obtient tout ce qu'il veut de ses musiciens sans le renfort d'une gesticulation bouffonne. L'interprétation reste expressive et vivante. Dans l'héritage de Liszt, Busoni recueillit encore le don de la composition. Son instinct créateur s'affirme en une série de pièces instrumentales d'un accent très personnel, d'une structure achevée. Il a la fécondité, le labeur acharné! Bien qu'il se concentre, au lieu de se diluer, ses œuvres symphoniques s'ordonnent en de vastes proportions. Elles sont de dimension considérable. On ne lui reprochera pas d'avoir peu produit. Son Turandot porte l'inscription op. 41. Chez Busoni, la puissance d'invention se révéla de bonne heure. Il n'avait pas encore franchi le seuil de l'adolescence que les notables de Bologne le nommaient membre de l’Accademia Filaronica. C'était en mai 1882. Il avait quinze ans. En l'élevant à cette dignité, le président d'alors, Frederico Parisini, rappelait au jeune artiste qu'en cette même enceinte un autre enfant prodige, l'immortel Mozart, l'avait précédé dans cet honneur : « Vi sovvenga, o giovanetto artista, che nella sala in cui avete entusiasmato un eletto auditorio col vostro suono ed in cui avete composto i pezzi per l'esame di maestro, ivi pure, in tenera età, diede il suo esperimento l'immortale Mozart per ottenere in quest' Accademia il grado stesso che voi pure avete conseguito : cio vi serva di sprone e di conforto a proseguire nell' intrapesa carriera che dovrà guidarvi alla celebrita » 1 . A Leipzig, en 1886, Busoni écrivait un Opéra fantastique, d'après un texte de Frieda Schanz, une Suite symphonique, un Quatuor pour instruments à cordes. En 1889, un Concerto pour piano et orchestre, sa 1ère Sonate pour violon et piano, lui faisaient décerner, à la suite d'un brillant concours, le prix Rubinstein. Et cependant, en France, le public l'ignore. Les grandes compositions de la maturité passent inaperçues de nos directeurs de concert, alors qu'à Berlin, à Vienne, à Boston, à Varsovie, à Bologne, à Amsterdam, à Londres, elles figurent au répertoire des grandes associations philharmoniques. Elles soulèvent les plus vifs enthousiasmes comme aussi bien les plus âpres discussions. Leurs qualités les plus hautes les livrent d'office aux fureurs des tardigrades amateurs du balourd allemand. Au reste, Busoni ne connaît pas l'art d'imposer brutalement son génie, de le présenter en un beau jour au moyen d'une réclame tapageuse. Et pourtant son incessante création pourrait écraser à la fois le public et les vanités rivales. Elle occupe toutes les avenues de la musique instrumentale. Elle s'étend à tous les genres ; à titre d'exemple, voici l'indication de ses plus récentes compositions :

 

Scènes de ballet pour piano.

Variations et fugue en forme libre sur un prélude de Chopin en ut mineur.

Deuxième quatuor pour deux violons, alto et violoncelle.

Concertopour piano et orchestre. Poème symphonique, pour grand orchestre.

4e Scène de ballet, en forme de valse, pour piano.

Jeux d'enfants, suite symphonique.

Concertopour violon et orchestre.

-?e Sonate pour violon et piano.

Lustspiel-ouverture, pour grand orchestre.

Les Harnachés, 1ère suite pour grand orchestre. — 2e suite

Concertopour piano, orchestre et chœur d'hommes.

Turandot, musique de scène. — suite pour grand orchestre et chœur de femmes.

 

Aux productions originales s'ajoutent un nombre considérable de transcriptions et d'arrangements. Busoni a traduit en particulier d'une façon remarquable la musique d'orgue de J.-S. Bach. Les Toccatas, les Choral vorspiele, les Préludes et Fugues sont génialement incorporés au piano, et ce n'est pas là son plus mince titre de gloire. L'œuvre de Busoni est éminemment personnelle. Assurément, il n'est pas malaisé de saisir les influences qui se sont imposées à lui, depuis Bach jusqu'à César Franck. Nul plus que lui n'est imbu de la beauté classique et nul n'a mieux senti dans l'étude des anciens maîtres tout le prix qu'il faut attacher à la force technique, à la perfection de la forme. A l'étudier de près, on s'aperçoit qu'il a choisi librement ses moyens, que le caractère de son œuvre vient de lui-même : elle n'a pas été façonnée du dehors, — elle s'est organisée intérieurement. Elle a ses origines dans les suggestions de sa personnalité. A l'art moderne il faut une inspiration moderne. Il faut, tout en édifiant des constructions sonores plastiquement belles, écarter les anciennes règles qui ne sont plus que mécanisme, rechercher avant tout la vérité de l'expression, l'intensité de l'impression, ouvrir en passant toutes les sources du lyrisme et de l'harmonie. Voilà quelques-unes des divinations supérieures qui placent l'œuvre symphonique de Busoni au premier rang des compositions modernes.

 

Sa facture est magistrale. Tout s'équilibre et l'on sent partout une volonté consciente qui a déterminé les relations et les proportions des parties. Il adopte les formes simples, pleines, solides, expressives qui mettent l'imagination à l'aise et se prêtent à revêtir une beauté supérieure. Il crée des rythmes agiles, larges, pittoresques, significatifs. Les thèmes, amplement établis, sortent en pleine lumière. La direction de l'inspiration n'échappe jamais au cœur. La source en est placée dans le sentiment et non point à l'esprit. L'invention mélodique est rigoureusement personnelle, abondante et riche. Dans le maniement des couleurs de l'orchestre, Busoni possède l'une des plus riches palettes dont musicien ait usé. Son talent d'orchestration est de tout premier ordre. Il affectionne les timbres rares, les sonorités inconnues. L'agrégation mélodique donne la sensation du nouveau, de l'inentendu. Malgré cela, il n'a pas l'effet prétentieux ou brutal pour ahurir le bourgeois. Sa frappe harmonique lui appartient en propre. Il se démène avec une aisance merveilleuse au milieu des combinaisons thématiques les plus audacieuses. Aucune hardiesse technique ne l'effraie. On a tort de lui jeter toujours à la tête la complexité de sa polyphonie. Qu'il s'agisse de la conception ou de l'exécution, il hait l'extravagant et l'inintelligible. Il veut que l'on soit clair, en n'étant pas commun ni vulgaire, et déjà la limpidité et la noblesse de son style, la force de sa technique assurent à ses œuvres une perfection qui les fera durer. La 2e Sonate pour violon et piano, op.30 est l'admirable monument d'une inspiration sereine et soutenue, — d'un sentiment puissant. L'expression s'enlève et acquiert une plénitude incomparable. La mélodie s'élargit en symbole de l'infini. On y saisit la disposition fondamentale de l'âme du maître, cette sorte de rêverie contemplative dans laquelle germe toute son œuvre. La 2e sonate n'est pas coulée dans le moule traditionnel. Elle s'affranchit des divisions préconçues ou arbitraires pour ne suivre que la marche du sentiment. Elle s'enchaîne d'un seul tenant. Elle est d'une parfaite unité organique. L'architecture musicale repose tout entière sur les variations multiples de 4 à 5 thèmes qui, pris en eux-mêmes, sont d'une élévation quasi surnaturelle.

 

Busoni vise au grand, au sublime. Il y atteint presque toujours. L'exécution ne trahit pas la conception. Avec le Concerto pour piano, orchestre et chœur d'hommes (op. 39), nous nous trouvons en face d'une véritable épopée sonore. On reste stupéfié devant le gigantesque des proportions (5 parties: Prologo e Introito, — Pezzo giocoso — Pezzo serioso — All’italiana — Cantico), la nouveauté et la solidité de la structure, le souffle grandiose qui anime le tout. Ce concerto, à proprement parler, n'en est pas un, au sens que nous sommes accoutumés d'attacher à ce mot. Ce n'est pas un morceau destiné à faire valoir la virtuosité de l'exécutant. Le piano intervient ici comme une force accrue de l'orchestre. Il enrichit la symphonie d'une voix nouvelle dont le timbre s'amalgame à la masse sonore. Le coloris de l'instrumentation se trouve rehaussé d'une teinte flamboyante, inusitée jusqu'alors. L'armature mélodique est déterminée par une profusion de thèmes magnifiques. Leurs développements se succèdent avec une variété, une richesse harmonique inouïes. Le travail de la polyphonie est à la fois serré et plein d'aisance, l'orchestration vibrante.

 

Le Concerto est tout baigné d'une atmosphère transparente et calme. La première, la troisième et la cinquième partie qui constituent l'ossature de cet organisme sont nées de la disposition d'âme que je notais plus haut. En ces pages émues et fortes, Busoni a mis l'empreinte de sa nature poétiquement méditative. L'imagination du Maître plane d'elle-même au-dessus de l'humanité. Elle se perd dans la contemplation. Elle y trouve d'immédiates et d'absolues jouissances. Elle s'y donne toutes les grandeurs. Et comme le musicien n'emploie son art qu'à la manifestation des propriétés originelles de son âme, le sentiment de l'infini emplit tout naturellement ce poème musical. L'artiste s'est ainsi composé un milieu idéal, en harmonie parfaite avec son intime organisation, avec la vie contemplative, j'allais dire platonicienne, de son esprit, un milieu où son être apparaît plus complet, mieux à sa place. Par antithèse, le deuxième et le quatrième temps — Pezzo giocoso, All'italiana, — conçus d'ailleurs à une époque différente, représentent le mouvement, l'activité. Les péripéties sonores en sont fantastiquement, tumultueusement développées. Cette disposition artistique, cette opposition fait alterner d'un bout à l'autre la lumière et l'ombre. Elle exprime la concordance ou le contraste, si je puis ainsi dire, de la nature visible avec les dispositions intimes de la nature subjective.

 

Ce qui nous étonne le plus, c'est le grand caractère imprimé à l'ensemble de la composition et à ses moindres détails. J'avoue que, la IXe Symphonie mise à part, je ne connais rien en musique qui soit aussi vaste, aussi colossal. Comme chez Beethoven, la péroraison est entonnée par le chœur; mais tandis que l'Hymne à la Joie contredit triomphalement au développement symphonique de la Neuvième, le Cantico, invocation à l’Eterna Forza, à l’Intelligenza créatrice résume toutes les aspirations supérieures de cette œuvre géniale et lui donne sa conclusion logique et sublime. Les paroles du Cantico sont empruntées au poète hollandais Oehlenschlager. Busoni les a détachées et traduites d'une Nouvelle, inspirée des Mille et une Nuits et intitulée Aladin. Involontairement, il dénonçait ses attaches littéraires. On sait, en effet, que le virtuose-compositeur est doué d'une haute culture. Son esprit et sa curiosité s'ouvrent d'autant plus facilement aux manifestations intellectuelles qu'il possède à fond cinq ou six langues modernes et les littératures qui en dépendent. Par surcroît, c'est un érudit qui fait son domaine de l'Histoire des Civilisations orientales. Il en est si fortement imprégné qu'il conçut un projet de drame musical d'après les nouvelles asiatiques du comte de Gobineau. Le poème est achevé. Busoni en poursuit activement la réalisation musicale. A son imagination toujours en quête d'infini, les mythes orientaux et les contes arabes apportent les inexprimables séductions, l'éblouissant lyrisme de leur poésie panthéistique, de laquelle dérivent certains sentiments très grands, très simples, éternels, ces mêmes sentiments qui animent l'admirable concerto. Ainsi s'explique sa prédilection marquée pour les sujets qui se rapportent à ces fables. Les Mille et une Nuits, entre autres, devinrent un des livres de chevet du compositeur. Et nous voici conduits à Turandot, musique de scène écrite pour le drame de Gozzi, bâti lui-même sur des épisodes de la merveilleuse légende.

 

Turandot (op. 41) nous fait assister au jaillissement d'une personnalité qui passe par-dessus les barrières de notre civilisation et s'ouvre les portes de l'Orient. Le choix du sujet est déterminé par cette prédisposition intellectuelle et morale que nous connaissons. Busoni n'a point le dessein de nous flatter dans notre manie du « neuf » à l'aide de bizarres et d'inéprouvées combinaisons de couleurs et de sons, de nous dépayser par l'étrangeté et le bric-à-brac d'un exotisme facile et banal. Aussi sa musique ne sent pas le pastiche. Elle n'a rien d'artificiel. Son Orient n'est pas truqué. Cette importante composition fut achevée en l'automne 1905. On en a tiré, pour le concert, une non moins importante suite pour grand orchestre et chœur de femmes, exécutée pour la première fois à la Sing-Akademie de Berlin le 21 octobre 1905. Cette suite symphonique se divise en 8 parties : I. — II supplizio. La porta délia città. La Partenza (1er acte). II. — Truffaldino (Introduction du 2e acte et Marche grotesque). III. — Altoum (Marche du fabuleux empereur). IV. — L'appartemento délie donne (3e acte). V. — Danse e Canzone (3e acte). VI. — Turandot (3e acte). VII. — Notturno. Walzer (4e acte). VIII. — In modo Marcia funèbre e Finale alla turca (5e acte). Dans ces morceaux étincelants de couleur et de verve, Busoni laisse couler le jet naturel de sa fantaisie spirituelle. Il use d'un style à facettes perpétuellement étincelant ou piquant. C'est un pétillement de rythmes ingénieux, un cliquetis de riches accumulations tonales. Il a des trouvailles harmoniques imprévues, de brusques oppositions de timbres, d'éblouissantes fusées sonores. L'orchestration rutile de toute la munificence fantastique et pompeuse de l'Orient. Elle en affiche par instants le bariolage et la baroquerie (marche grotesque). Elle en revêt toute la mélancolique langueur (Danse et chœur, nocturne). Devant l'ample écoulement des harmonies chatoyantes ou pittoresques, l'auditeur est comme imprégné des chaudes couleurs qui ruissellent de la palette du musicien. Parce qu'il ne voit pas les œuvres orientales par l'extérieur, Busoni sent et exprime merveilleusement le sentiment qui s'y réalise. Voilà par où son exotisme se distingue de l'impressionisme factice et creux de ceux qui l'ont devancé dans cette voie.

 

Busoni donne en ses compositions une haute et fière idée de la musique moderne. C'est un chercheur de voies ignorées, un curieux et sincère ouvrier de formes et de rythmes, un poète aux vibrations profondes et sonores qui respecte son œuvre. Il n'a souci que la faire belle et ne se préoccupe point de la former sur le goût d'un public ignorant et snob. Avec ce tempérament, il est le musicien le moins fait pour la fabrication mécanique des compositions à la mode. Il écrit ce qu'il doit écrire conformément au sentiment de son âme, comme qui fait œuvre immortelle.

 

(Source : http://archive.org/stream/munich00ponnel/munich00ponnel_djvu.txt)

 

(Source photo : www.rodoni.ch) 

 

 

 

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