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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 12:45

 

Le Quatuor Adélys est composé de quatre jeunes femmes. Anne-Lise Durantel, violon, Gersende Mondani, violon, Julia Robert, alto et Clémence Ralincourt, violoncelle. Elles ont invité Frédéric Bardon, violon-solo de l’Orchestre de l’Opéra National de Lyon, à tenir la partie de violon soliste. Nous sommes donc dans une configuration qui rappelle celle qui prévalait à Venise à la création.

 

Le musicologue Laurence Dreyfus fait état de l'attrait des concertos de Vivaldi, et décrit les performances légendaires de l’orchestre exclusivement féminin de Vivaldi :

 

"Un voyageur anglais, Edward Wright, rapporte sa visite autour de 1720 :« Tous les dimanches et les jours fériés il ya un spectacle de musique dans les chapelles de ces hôpitaux, un concert de musique vocale et instrumentale interprété par les jeunes femmes de l'endroit, qui sont installées dans une galerie supérieure et qui sont, bien que non professes [c.-à-d. elles n’ont pas prononcé de vœux], dissimulées à la vue des personnes installées au rez-de-chaussée par un grillage métallique. La partie d'orgue, comme celles de tous les autres instruments, sont toutes tenues par les jeunes femmes. Elles ont un eunuque comme maître, et c’est lui qui écrit la musique pour elles. Leur interprétation est remarquablement bonne, et on trouve parmi elles de nombreuses voix excellentes. Et cela est d'autant plus attirant que leurs silhouettes sont cachées à la vue. " "La mention d'un eunuque comme maître des filles, bien qu’absurde au point d’être comique, révèle un élément souvent minimisé dans l'expérience des touristes qui viennent entendre de la musique à la Pietà. C'est, du moins la façon dont certains auditeurs étrangers percevaient l’événement ; ils n’y voyaient rien de moins qu'une sorte d’exposition dans un harem, avec tous les plaisirs interdits qui accompagnent de tels fantasmes, et cela était d'autant plus attirant », comme le dit Wright, « que leurs silhouettes étaient cachées à la vue ». Du point de vue de la hiérarchie et des autorités de la Pietà, bien sûr, la dissimulation des musiciennes derrière une grille était là pour «décourager la simple admiration visuelle des charmes féminins», selon les termes d’Eleanor Selfridge-Field1. En revanche, les autorités étaient impuissantes à dissuader les visiteurs de tirer leurs propres conclusions » (...).

"Je mentionne ces associations mondaines non pas pour dire que les jeunes femmes de la Pietà ou que la valeur marchande des concertos de Vivaldi jouent secrètement un rôle muet dans des concertos de Bach – personne n'a jamais songé à une telle association – mais plutôt pour dire que ces facteurs peuvent expliquer la popularité instantanée des œuvres de Vivaldi parmi les « consommateurs » et les « patrons-clients » de la musique comme le jeune employeur de Bach, le prince Johann Ernst de Saxe-Weimar. À tout le moins les textes liés à Venise et Vivaldi suggèrent que la réception du concerto vivaldien dans le nord de l'Europe n’est pas le fait d’esprits particulièrement élevés, mais plutôt qu’elle a profité des récits de voyageurs ayant eu l’occasion d'entendre ces œuvres dans leur lieu d'origine.

 

1 Eleanor Selfridge-Field, musicologue américaine de l’Université de Stanford

 

 

(Source : http://www.bach-cantatas.com/Books/Book-Patterns-Invention [Dreyfus]. htm ; traduction Brittany Mélodies)

 

 

 

Ph6 Filarmonici

 

"Concert donné dans la salle des Filarmonici" par les jeunes filles d'un ospedale,

par Gabriele Bella

(Venise, fondation Querini-Stampalia)

 

 

 

Antonio Vivaldi a surtout travaillé pour l'Ospedale della Pietà. Souvent dénommé « orphelinat », cet Ospedale était en fait une maison d’accueil pour les filles non reconnues ou bâtardes, résultats du badinage d’un père noble avec sa ou ses maîtresses. L'Ospedale était en fait fort bien doté par ces pères "anonymes"; le mobilier y frisait l’opulence, et les jeunes filles y recevaient une très bonne éducation, notamment musicale, qui les mettait au plus haut niveau à Venise. Bien des concertos de Vivaldi étaient en réalité des exercices où il jouait avec ses nombreuses élèves talentueuses.

 

Bien qu’elle ne représente pas l’Ospedale della Pietà où officiait Vivaldi, cette image montre le "salon de concert" intérieur d'un Ospedale typique de Venise au temps de Vivaldi. Notez le public raffiné et l’environnement somptueux, et les dames musiciennes jouant hors de portée, sinon hors de vue, des Gentilshommes dans le salon de musique. Vivaldi a fait une longue carrière à l'Ospedale sans, à ce qu’il dit lui-même, « le moindre scandale », ce qui semble avoir été un cas exceptionnel.

 

(Source : http://www.baroquemusic.org/bqxvivaldiosp.html)

 

 

 

Ph7 Filarmonici 2

 

"Concerto di dame al Casino dei Filarmonici" (1782),

par Francesco Guari

(Munich, Alte Pinakotek)

    

 

Guardi illustre un Concert de gala donné par les jeunes filles d’un ospedale (sans doute la Pietà, car les autres sont sur le point de fermer) dans la salle des Filarmonici, à Venise vers 1782. Comparé avec la toile (médiocre) de Bella qui date des années 1720, ce tableau (somptueux) de Guardi fait ressentir la décadence somptueuse et irrémédiable de la Cité des Doges, qui n’a plus que quinze ans à vivre.

 

Contrairement aux mots d'un grand poème, qui ont toutes sortes de significations et de possibilités particulières au-delà de celles qui dont le poète fait usage, les notes d'un morceau de musique en fin de compte, renvoient soit à elles-mêmes soit à d'autres musiques, elles ne sont pas corrompues par des références ou des connotations qui se situent à l'extérieur du son réel. La musique à programme prouve plus qu’elle ne contredit cette affirmation, puisque neuf fois sur dix, c'est la musique qui, au moyen de quelques sons vaguement mimétiques (des quintes jouées par les « cors de chasse », un grognement des contrebasses censé ressembler à un dragon, une marche dans une tonalité mineure comme synonyme de défaite etc d'une armée), confirme le programme plutôt que l'inverse.

E.W. Saïd : Le démiurge (Cosmic Ambition)

 

 

Mais il y a toujours quelque chose à découvrir en matière d’art… même dans celui d’une ville d’art aussi célèbre et aussi bien répertoriée que Venise. Voyez plutôt.

 

On vient de mettre au jour et d’identifier un tableau de Canaletto, qui prenait depuis des années la poussière dans les réserves du musée de Denver aux États-Unis. En 2000, un collectionneur local a légué au musée un tableau en piteux état, indiqué en provenance de l’« atelier de Canaletto ». Du coup, on l’a oublié dans les réserves où le conservateur Timothy Standring l’a découvert en 2007 lors d’un inventaire de routine. Le tableau lui a paru intéressant. Il l’a montré aux experts professionnels de passage en vue de recueillir leur avis. Après avoir hésité, il en montre des photos à Charles Beddington, un des experts mondiaux de Canaletto. Celui-ci passe à Denver en 2012 à l’occasion de ses vacances et vient voir le tableau. C’est un Canaletto authentique, bien sûr. Il le date de 1724, soit contemporain de la présence de Vivaldi à l’Ospedale della Pietà. Après avoir obtenu un budget (d’origine européenne) pour la restauration, le tableau a été remis en état et il a fait ses « débuts » au courant du mois de mars 2013. Les habitants de Denver sont contents : « leur » tableau vaut sûrement très cher. Le conservateur aura le mot de la fin : « Il faut toujours aller voir dans son grenier. On ne sait jamais ce qu’on va y trouver. »

 

(Source : Art museum's storage bin held a secret masterwork, March 30, 2013|By Jenny Deam, Los Angeles Times, adapté par Brittany Mélodies ; le texte original est accessible in fine

 

 

Ph8 Venise Saint Marc

 

"Venise : Le môle vu du Bassin de Saint-Marc" ("Molo from the Bacino di S. Marco")

le tableau de Giovanni Antonio dit Canaletto, après restauration

(Denver Art Museum)

 

 

 

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