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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 12:40

 

Quatre mouvements. Allegro - Largo assai - Menuetto - Allegro con brio.

 

C’est en 1792 que Haydn entreprend d’écrire, semble-t-il à la demande de ses amis londoniens, une nouvelle série de quatuors à cordes. Il a alors soixante ans. Le genre n’est pas nouveau pour lui, et si, contrairement à ce qu’on dit trop souvent, il ne l’a pas  inventé, il l’a cependant normalisé d’une façon si fulgurante qu’elle restera un modèle jusqu’aux confins du vingtième siècle. Et puis, Mozart est mort l’année passée, et l’extraordinaire symbiose qui a résulté de l’amitié de ces deux hommes se lit à chaque ligne de cette série de quatuors. Haydn, sans rien perdre de son style propre, a assimilé le drame mozartien. C’est peut être dans la partie centrale en mi mineur du mouvement lent du présent quatuor que ce fait apparaît de la façon la plus évidente.

 

Le premier mouvement s’ouvre sur un motif à l’unisson qui est un de ceux qui ont donné son surnom à l’ouvrage. Après deux mesures d’un silence impressionnant, le premier thème s’élève, sautant d’un instrument à l’autre mais non dépourvu de gravité jusqu’au trait du violoncelle qui amène un second thème majeur plus joyeux. Le développement très dense va s’articuler autour des échanges de triolets entre les instruments. La réexposition va alors amener une coda détendue en sol majeur qui oblige à prendre ce mouvement avec un certain humour.

 

L’extraordinaire mouvement lent qui suit, court et d’une densité harmonique fabuleuse, est l’un des plus beaux que Haydn ait écrit. Cette vaste cantilène du premier violon évolue dans une paix sans mélange que vient juste effleurer le souffle mélancolique de la partie centrale en mi mineur qui revient bien vite au bonheur initial.

 

Le robuste menuet, gracieux et élégant, assure la stabilité classique de l’œuvre, cependant que Haydn s’offre la possibilité d’un trio plus sentimental en sol mineur mais qui va se dissoudre dans la reprise du menuet.

 

Enfin, Haydn ne pouvait terminer que sur un thème bondissant: énoncé immédiatement, celui-ci se déchaîne d’abord en sol mineur avant de se dériver joyeusement en si bémol majeur. le développement, hésitant parfois à aller franchement vers la détente ( en particulier lors de l’angoissante utilisation des silences avant la réexposition) va finalement amener son exposition en sol majeur, tonalité sur laquelle Haydn conclut son quatuor. Il est difficile alors de ne pas penser à ce qu’il avait dit un jour de lui même: “Dieu m’a fait avec un cœur joyeux pour que je Le chante joyeusement”.

 

(Source : http://www.proba.jussieu.fr/~mazliak/Haydn74.pdf)

 

 

Ph9 Edition originale Haydn

 

L'édition originale des quatuors de Josef Haydn

 

  

Parmi les six quatuors que Haydn a composés en 1793, le plus célèbre est le dernier, en sol mineur, dont le thème « plein d’allant » du finale lui a valu son surnom: « le Cavalier ». Cette fois, les premières mesures du quatuor sont encore plus profondément intégrées dans le corps principal du mouvement que dans l’op. 74 op. 2, même si Haydn prend soin de souligner leur caractère d’introduction en les faisant suivre d’un silence de près de trois mesures. On réentend non seulement le début lorsque l’exposition fait l’objet d’une reprise, ce qui n’était pas le cas dans l’op. 74 no 2, mais son matériel, avec ses acciaccaturas (notes «pincées» jouées presque en même temps que la note principale adjacente) caractéristiques, constitue le tremplin à la première moitié du développement central. Pour renforcer l’ambiguïté du geste initial de Haydn, le thème principal de ce mouvement se compose essentiellement d’une version accélérée de la forme mélodique de la quasi introduction, la contribution du violoncelle ne se limitant en grande partie qu’à une répétition des notes ré et mi bémol. Le point culminant du mouvement — les mesures qui précèdent immédiatement la réexposition — est formé d’un martèlement fortissimo des deux mêmes notes.

 

Le mouvement lent est écrit dans un mi majeur distant et éthéré, mais Haydn adoucit le coup en terminant le premier mouvement en sol majeur. La grande « trouvaille » de ce Largo assai est la soudaine explosion à la huitième mesure sur un accord totalement inattendu. À la reprise, Haydn parvient à surpasser ce moment en remplissant cet accord d’un rapide arpège de violon; et la seconde moitié du thème est elle aussi intensifiée grâce à un effet « trépidant » aux quatre instruments.

 

Tout comme le premier mouvement s’était terminé en majeur, Haydn place son menuet en sol majeur, réservant le mode mineur au trio — une inversion de leurs rôles escomptés. Le finale va aussi s’achever en majeur, bien que la syncope continue de sa coda ne fasse pas grand chose pour dissiper la tension de ce mouvement violent. Et l’importance renouvelée donnée aux notes ré et mi bémol n’est pas non plus une coïncidence — en particulier lorsque, comme dans le premier mouvement, elles sont projetées dans une explosion fortissimo au point culminant du développement.

 

(Source : extrait des notes rédigées par Misha Donat © 2011)

 

La partition est accessible en trois fichiers sur

 

http://javanese.imslp.info/files/imglnks/usimg/2/29/IMSLP02964-Haydn_-_String_Quartet_Op.74_No.3_-_I._Allegro.pdf

 

http://erato.uvt.nl/files/imglnks/usimg/b/be/IMSLP02965-Haydn_-_String_Quartet_Op.74_No.3_-_II._Largo__III._Menuetto.pdf

 

http://conquest.imslp.info/files/imglnks/usimg/c/c3/IMSLP02966-Haydn_-_String_Quartet_Op.74_No.3_-_IV._Finale.pdf

 

 

Deux anecdotes dans un goût un peu douteux. Sans être strictement du ressort de la presse « people », elles seraient à leur place à Londres au sein du musée de cire de Mme Tussaud.

 

Le secours de l’enfant prodige

 

«À l'automne de 1745, Josef Haydn eut le plaisir d'accueillir son frère Michael, son cadet de plus de cinq ans, en tant que collègue choriste au sein de la chorale de l'école, et de l'aider dans son travail. Michael fit de rapides progrès, alors qu’un nuage obscurcissait l’avenir de Josef. Sa voix commençait à muer, et l'impératrice, qui prenait auparavant un plaisir particulier à son chant, fit remarquer en plaisantant à son vice-maître de chapelle que le chant du jeune Haydn ressemblait plus au cri d'un coq qu’à quoi que ce soit d’autre. Reutter (le vice-maître de chapelle) saisit l'allusion, et lors de la fête de saint Léopold, le 15 novembre 1748, célébrée au monastère de Klosterneuburg, près de Vienne, il donna à chanter le «Salve Regina» à Michael, qui le chanta si bien et charma à la fois l’empereur et l'impératrice, au point de recevoir de leur part vingt-quatre ducats d'or.

Josef se trouva donc totalement supplanté par son frère. Sa voix avait perdu toute sa puissance, et il était sous l’emprise de la douleur et de l'anxiété. Au milieu de son trouble Reutter suggéra un moyen de peut être lui conserver, voire d’améliorer sa voix, en l’adressant à la chapelle de la cour, qui contenait au moins une douzaine de castrats. Le père de Haydn, cependant, ayant probablement entendu parler de la proposition, se rendit en toute hâte à Vienne et sauva son fils.

Si le papa de Haydn n’était pas arrivé à temps, «papa Haydn» aurait pu avoir un autre surnom.

 

Da Capo2: la tête manque à Haydn

 

Dans le cadre de la recherche de ces notes de programme, je suis tombé sur une curieuse histoire au sujet de la tête de Haydn. L'histoire, qu’on trouve dans le Grove’s Dictionary of Music and Musicians, commence en 1809 avec les funérailles de Haydn à Vienne occupée par les Français. "Le 15 Juin on donna le Requiem de Mozart en son honneur à la Schottenkirche. Parmi les assistants se trouvaient de nombreux officiers français de haut rang, et la garde d’honneur autour du catafalque était composée de soldats français et d’un détachement de la garde civique. Il fut enterré dans le cimetière Hundsturm, au-delà des lignes, à proximité du quartier où il vivait. En 1820 les restes de Haydn furent exhumés sur l’ordre du prince Esterhazy et solennellement réintégrés dans l'église paroissiale d’Eisenstadt le 7 novembre. Une simple pierre avec une inscription latine dans le mur au-dessus de la voûte informe les passants qu'ici repose un grand homme.

 

C'est un fait bien connu que lorsqu’on ouvrit le cercueil pour l'identification avant l'exhumation, le crâne était absent ; il avait été volé deux jours après les funérailles. Celle qui fut ensuite envoyée anonymement au prince comme étant celle de Haydn fut enterrée avec les autres restes, mais la tête véritable fut recélée, et fut par la suite léguée à la Gesellschaft der Musikfreunde (Société des Amis de la Musique) à Vienne. En 1932, le prince Esterhazy fit de grands efforts pour l'enterrer avec le corps de Haydn dans le mausolée qu'il avait érigée à la Bergkirche à Eisenstadt, mais il n’y réussit pas, et le crâne demeura à la Gesellschaft jusqu'en 1954, quand il fut enseveli à Eisenstadt le 6 Juin. "

 

On peut se demander où les Amis de la Musique cannibales cachèrent le crâne pendant tout ce temps, et ce que les Esterhazy firent de l'autre tête qui avait passé tant de temps avec le reste de Haydn?

 

Laissons maintenant ces histoires sans queue ni tête…

 

 

2 Da Capo :en musique depuis le début, littéralement depuis la tête (Capo =le chef)

 

 

(Source : http://www.fuguemasters.com/haydn.html)

 

 

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