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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 11:45

 

 

 

  Schubert

 

 

Dans cette année 1824, après l'alerte de sa grave maladie vénérienne, Schubert compose à nouveau des quatuors. Il sait que le temps lui est compté car sa maladie est réputée incurable. Face à son idole Beethoven, il veut lui aussi humblement, laisser une œuvre qui compte. Pour cela, le chemin de la grande symphonie est le but à atteindre et les quatuors les chemins datés, par leur discipline, et leur célébration des formes classiques, comme la forme sonate.

 

Schubert, le voyageur et l'ami, était aussi le flâneur. Ce n'est point par inconscience ou impuissance, qu'il laissait tant d'œuvres inachevées, en plein milieu de la barre de mesure, mais simplement la fin des choses ne l'intéressait point et sa fantaisie l'avait déjà entraîné sur des points de non-retour par rapport aux formes classiques qu'il redoutait. Non violent dans l'âme, il ne pouvait comme Beethoven, les casser. Il posait alors sa plume comme une ligne au fil de l'eau, en attendant un meilleur temps. Près de vingt quatuors à cordes ont ainsi jalonné sa route, et le Quatuor Rosamunde, numéro 13, fut le seul imprimé, et exécuté en public de son vivant. Composé de février à mars 1824, il fut immédiatement joué et reçut un assez bon accueil dès sa création immédiate le 14 mars 1824. Il s'agit d'ailleurs de l'unique quatuor de Schubert exécuté en public de son vivant !

 

Quatuor singulier, immergé dans le monde du lied, ourlé dans la pureté et la tendresse propre au petit homme, alors que le quatuor jumeau La jeune fille et la Mort montre l'autre aspect tragique du personnage. Pour se donner le courage d'aborder la grande forme, Schubert se nourrit d'emprunts à ses œuvres antérieures (musique de scène, lieder). Il fait aussi des galops d'essai dont le plus accompli est le Quartettsatz en ut mineur D.803 (mouvement de quatuor). Par cette ébauche il va trouver sa voie en se délivrant de l'ombre monstrueuse de Beethoven.

 

Il va appliquer son talent des formes libres et rhapsodiques au corset serré du quatuor classique. Transposant le flux poétique du monde du lied dans la forme dominante, la forme sonate. La mélodie du lied va donc irriguer de ses eaux ondoyantes ce quatuor.

 

Œuvre murmurée donc, avec ses trémolos, ses unissons de mélodies, ses modulations, ce quatuor à cordes est profondément touchant par ses confidences sans véhémence ni dramatisme. Hymne nocturne à la nostalgie ce beau quatuor est fragile. Il ne doit être joué ni désolé, ni trop léger, toujours dans l'ambiguïté entre rosée et larmes.

 

« Juste avant que la nuit ne revienne » Schubert fait entendre une musique ni gaie, ni triste, tout simplement fraternelle comme ce dernier tilleul de la dernière maison du village et qui se souviendra de nous.



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