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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 13:40

 

 

« Mozart, c’est une pierre de touche du cœur. Si je veux montrer à quelqu’un de cher que je l’aime, je me mets au piano et lui joue une pièce de Mozart ». Ces mots du grand interprète de Mozart, Edwin Fischer, exprimaient un message essentiel. Chaque note écrite par Mozart reflète son tempérament, où tendresse et sensibilité se mêlent à la puissance et la virilité avec une richesse d’inspiration et une maîtrise précocement acquise que l’on ne retrouve que chez J.S. Bach. C’est cette capacité à exprimer les pensées les plus profondes avec un minimum de notes, qui rend difficile la bonne exécution de sa musique. Les prouesses techniques sont d’un piètre secours. Seul un cœur qui sait s’émouvoir peut exprimer une musique qui communique la tendresse. Nul autre compositeur classique n’écrit un mouvement portant l’indication « amoroso » (Andante de la Sonate en si bémol majeur, K 281).

 

« Beethoven est superbe, mais Mozart est sublime ». Il serait absurde de se demander qui des deux maîtres a exprimé le plus de « profondeur » dans sa musique. Pourtant, cette question a été posée à maintes reprises. Pendant longtemps, c’est Beethoven qui passait pour le plus « profond ». Ses œuvres incarnaient l’expression de la transcendance et de l’ineffable.

 

Il est vrai que le mouvement en variations de sa dernière sonate pour piano opus 111 offre la sensation d’un détachement de ce monde qui dépasse toute expression musicale normale, et que l’interprète comme l’auditeur devraient être en mesure d’éprouver. En revanche, la profondeur des pensées et des sentiments de Mozart est plus difficile à apprécier. D’un caractère moins évident, elle se soustrait au regard. On ne peut aborder le « Mystère Mozart » qu’avec des métaphores. Sa musique peut se comparer à un regard porté dans les yeux d’un enfant : insondable. Les Sonates de Mozart sont pour moi comme un poème de Goethe : elles se contentent d’exister, et il est difficile de croire, qu’il fut un temps où elles n’étaient pas encore là.

 

La clarté et la légèreté des créations de Mozart ont laissé croire, bien à tort, à des générations de mélomanes, qu’il composait ses œuvres sans le moindre effort, « comme l’oiseau qui chante ». En réalité, ses créations sont le fruit d’une étude impitoyable et d’un labeur non négligeable. Mozart analysait avec soin les compositions des maîtres anciens, comme celles de ses contemporains, et cherchait continuellement à se surpasser. C’est Joseph Haydn qui a le mieux reconnu en Mozart cette combinaison d’un don divin et d’un maîtrise acquise, comme l’atteste cette déclaration faite à Léopold Mozart : «  Je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse. Il a du goût et, en outre, la plus grande science de la composition » (Léopold Mozart cita ces propos dans uns lettre á sa fille, écrite à Salzbourg, datée du 16 février 1785). Au total 18 sonates pour piano de Mozart sont transmises à la postérité. Elles ont été composées par Mozart à l’âge mûr entre 1773/74 et 1789. D’habitude on répartit les premières éditions respectivement dans les groupes suivants:

 

(1) Six sonates K 279–284

(2) Trois sonates K 309–311

(3) Trois sonates K 330–332

(4) La sonate K 333

(5) Fantaisie et Sonate K 475/457

(6) Les sonates tardives K 533/494, 545, 570, 576

 

Dans ce qui suit, je souhaiterais tracer brièvement mon portrait personnel de […] la Sonate K 310 en la mineur.

 

1er MOUVEMENT: Le premier mouvement qui porte l’introduction est véritablement majestueux : son rythme pointé était autrefois perçu comme signe de majesté. La texture est orchestrale dans sa plénitude et le mouvement rythmé des accords d’accompagnement évoque une grandeur démoniaque et menaçante. Dans le premier mouvement alternent sans cesse angoisse et résignation. Au lieu d’un second thème cantabile (à partir de la mesure 23), Mozart a choisi un mouvement uniforme de doubles croches suivi d’un passage de contrepoint à deux parties à la main gauche (commençant à la mesure 28). Les cinq mesures de l’exposition rappellent le rythme pointé du premier thème. Au cours du développement, un orage éclate. Ce passage est sans égal et sans précédent dans les œuvres pour piano de Mozart. Les deux accords de septième diminuée dans les mesures 126 et 127 intensifient l’expression du tragique – c’était une signification caractéristique de cet accord à la période classique.

 

2eme MOUVEMENT: Le deuxième mouvement de cette sonate (en fa majeur) porte l’indication Andante cantabile con espressione. Ce mouvement très expressif est essentiellement lyrique; il demande à être exécuté avec dignité, car on n’y trouve pas l’ardeur et la grâce des mouvements lents habituels de Mozart, mais une passion contenue. Un second thème (mesures 15 sq.) rappelle avec ses notes répétées celui de l’Andante de la Symphonie en la majeur K 201. Le développement commence par une élaboration solennelle du thème d’introduction et s’intensifie jusqu’au paroxysme des mesures 43-49, c’est encore l’un des passages les plus angoissés des œuvres pour piano de Mozart, qui rappelle à cet égard l’expression passionnée de la partie centrale du premier mouvement. Enfin, la réexposition retrouve le ton apaisé du premier thème.

 

3eme MOUVEMENT: Le mouvement final rejoint la prémonition du premier mouvement. Mais au lieu de présenter le dame `l’aide d’une texture orchestrale, ce Finale n’offre qu’une impression atténuée du tragique sous-jacent. Mozart, à la différence de Beethoven, offrait rarement à ses œuvres en mineur le dénouement lumineux d’un final en majeur. Il était rare qu’il laissât la joie l’emporter sur le tragique. La plupart de ses compositions en mineur retrouvent l’esprit de leur début comme c’est le cas ici. Ce Presto est l’un des mouvements les plus marqués par la détresse que Mozart ait jamais écrits; comme l’indiquent avec éclat les oscillations entre la résignation et le défi, et la présence d’un seul trait subtilement lumineux en la majeur, éphémère Fata Morgana.

 

Paul et Eva Badura-Skoda

 

 

On peut trouver la partition de la Sonate pour piano en la mineur K. 310 (300d) Composée à Paris en 1778 sur :

 

  http://www.partitions-piano.fr/images/stories/partitions/piano_classique/Mozart/sonate-8-Am-K310/mozart-sonate-numero-8.pdf

 

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