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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 13:50
Note écrite à l'origine pour Les Kennedy Center Chamber Players 2006 © Richard Freed (voir le site en anglais)
     
A la fin de l'été de 1788, dans lequel Mozart a composé ses trois dernières symphonies, il a fait suivre ces œuvres remarquables par une œuvre non moins remarquable dans le domaine de la musique de chambre, le trio à cordes dominant qui en est venu à être qualifié de divertimento. Il a composé l'œuvre pour son frère de loge maçonnique Johann Michael Puchberg, auquel il empruntait désespérément de l'argent à l'époque, et au printemps suivant, il a été donné, non pas dans les salons, mais dans des salles de concert au cours de la tournée où il a également présenté deux de ses nouvelles symphonies, ou peut-être toutes les trois(1). C'est la seule composition originale pour cette combinaison d'instruments qu'il ait menée à terme et c’est, comme l’a dit Alfred Einstein, "l'une de ses plus nobles œuvres."
Cetrio à cordes, en effet, noble et chaleureux, observe le format de divertimento classique six mouvements, dont deux menuets, un mouvement lent de forme sonate et un autre sous la forme d’un thème avec variations – mais il n'a rien d'autre en commun avec la « musique de divertissement » que Mozart a composé plus tôt pour divers ensembles plus importants (en nombre d’instrumentistes). Comme l'a noté Einstein, « il s'agit d'une véritable œuvre de musique de chambre, et qui a grandi jusqu’à ces si grandes proportions du seul fait qu’elle a été conçue pour offrir quelque chose de spécial en tant que telle, l’œuvre est plus ou moins définie par son intimité sincère, et son caractère émotionnel global est en quelque sorte maîtrisé ». Tout au long des six mouvements, la substance et la profondeur de la musique respirent une telle maturité rayonnante on peut juste percevoir ici et là un soupçon de nostalgie ou de mélancolie ou, dans le mouvement de variation (l'Andante), un peu plus sombre et plus dramatique, encore plus éloigné de la notion de « musique de divertissement » - comme pour faire venir à l'esprit l'expression que Joseph Haydn, le maître et l’ami de Mozart a utilisée dans l'écriture de ses propres symphonies Londoniennes, écrites après la mort de Mozart: « la douceur d’une vieillesse honorablement gagnée ». Mozart lui-même, bien sûr, n'aura jamais connu l'expérience de la vieillesse, mais dans cette musique il nous a donné un aperçu étonnant du monde qu’il aurait pu révéler s'il avait vécu au moins aussi longtemps que, par exemple, Beethoven.
Beethoven, pour sa part, a apparemment pris K. 563 comme son modèle direct, à peu près au moment de la mort de Mozart, pour son Trio à cordes op. 3 de proportions similaires et dans la même tonalité "noble" de mi bémol. Mozart n’a écrit aucune autre musique de chambre de ces dimensions pour cordes seules - pas plus que Beethoven, jusqu'aux quatuors sans précédent de ses dernières années.

1)On ne sait pas si la Symphonie no 41 a été jouée du vivant du compositeur. Selon Otto Erich Deutsch, à cette époque Mozart se préparait à organiser une série de « concerts au Casino » dans un nouveau casino de la Spiegelgasse détenu par Philipp Otto. Mozart a même envoyé une paire de billets pour cette série à son ami Johann Michael Puchberg. Mais il est impossible de savoir si la série de concerts a eu lieu, ou si elle a été annulée par manque d'affluence.

Program note originally written for the following performance:    
The Kennedy Center Chamber Players: Beethoven & Mozart Sun., Mar. 19, 2006, 2:00 PM © Richard Freed (see the website)
       
At the end of the summer of 1788, in which Mozart composed his three final symphonies, he followed those remarkable works with one no less remarkable in the realm of chamber music, the towering string trio that came to be labeled a divertimento. He composed the work for his Masonic lodge brother Johann Michael Puchberg, from whom he was desperately borrowing money at the time, and in the following spring it was performed, not in drawing rooms, but in public halls during the course of the tour in which he also introduced two, or perhaps all three, of his new symphonies. It is the only original composition for this combination of instruments that he carried to completion and is, as Alfred Einstein put it, "one of his noblest works."
       
This indeed noble and warm-hearted string trio observes the classic divertimento format--six movements, including two minuets, one slow movement in sonata form and another cast as a theme and variations--but it has nothing else in common with the lighter "entertainment music." Mozart composed earlier for various larger ensembles. As Einstein noted, "it is a true chamber-music work, and grew to such large proportions only because it was intended to offer . . . something special in the way of art, invention, and good spirits. . . . Each instrument is primus inter pares, every note is significant, every note is a contribution to spiritual and sensuous fulfillment in sound."
While good spirits are abundantly evident and the richness of the coloring achieved with such modest instrumentation is remarkble in its own right, the work is more or less defined by its unfeigned intimacy, and its overall emotional character is somewhat subdued. Throughout the six movements, the substance and depth of the music exude such radiant maturity--just perceptibly touched here and there with a hint of wistfulness or melancholy or, in the variation movement (the Andante), something a bit darker and more dramatic, farther still from the concept of "entertainment music"--as to call to mind the expression Mozart's senior colleague Joseph Haydn used in writing of his own final symphonies, composed in London after Mozart's death: "the mellowness of old age honorably won." Mozart himself, of course, was never to experience old age, but in this music gave us a stunning glimpse into the world he might have revealed if he had lived at least as long as, say, Beethoven.
Beethoven, for his part, apparently took K. 563 as his direct model, at just about the time of Mozart's death, for his similarly proportioned String Trio in the same "noble" key of E-flat (Op. 3). Mozart wrote no other chamber music of such dimensions for strings alone--nor did Beethoven, until the unprecedented quartets of his last years.

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