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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 18:38

Paul Hindemith (1895-1963)


 

Le début d’une carrière

 

Paul Hindemith grandit dans une famille de la petite bourgeoisie. […]. Les termes d’une lettre [que son père] adresse à Emma Ronnefeldt, protectrice du jeune Paul, révèlent qu’il n’hésite pas à compter le châtiment corporel au nombre de ses méthodes d’éducation : « Une fois, j’ai confié notre fils aîné, entre l’âge de trois et six ans, à mes parents. A l’époque où je l’ai remis entre leurs mains, j’avais réussi à lui inculquer un très haut niveau d’écoute et d’expression  musicale. Mais, lorsque j’en ai repris la garde au moment de sa scolarisation, toutes ces qualités s’étaient altérées. Mes parents étaient des gens fins et cultivés, mais âgés, et ils traitaient leur petit-fils comme un dieu. Le jeune garçon a payé cher son retour à une parfaite maîtrise du savoir que je lui avais inculqué ». […].

 

Dès le début de la guerre, son père se porte volontaire et tombe au front en septembre 1915. Depuis lors, Paul occupe la place de premier violon de l’Opéra de Francfort et se sent la responsabilité de soutenir sa mère, son frère et sa sœur. […].Faisant son autocritique quelques années plus tard en dressant le catalogue de ces pièces [opus n° 1 à 9], Hindemith relève : « Au cours de cette période, le monde se dérobait sous mes pieds et je ne saisissais plus ce qui se passait autour de moi. Alors, finalement, il ne restait plus qu’à me consacrer à la composition ». En août 1917, Hindemith est appelé sous les drapeaux. Il rejoint son régiment en janvier 1918, sur le front d’Alsace où il est enrôlé comme tambour et premier violon d’un quatuor à cordes composé de soldats. […].C’est en 1921 que Hindemith réussit à s’imposer sur la scène musicale lorsque son Troisième Quatuor à cordes op. 16 est exécuté dans le cadre du premier « Festival de Donaueschingen ». Pour quelle raison le public a-t-il été à ce point fasciné par cette œuvre ? Sans doute l’élan rythmique et la construction classique soutenant son écriture ont-ils été facilement appréciés par les mélomanes à la faveur de la structure claire de sa forme.

 

La pratique musicale

 

[…].Dans les années 1920, […].il devient l’un des altistes les plus célèbres de son époque – notamment parce qu’il est à la fois compositeur et instrumentiste. De 1919 à 1939, il compose sept sonates pour alto au total (les Sonates pour alto solo op. 11 n° 5, op. 25 n° 1, op. 31 n° 4 et la Sonate de 1937 ainsi que les Sonates avec accompagnement de piano op. 11 n° 4, op. 25 n° 4 et la Sonate de 1939). […]. Il donne alors jusqu’à cent concerts par an dans différents pays européens et part également en tournée en Union Soviétique durant les hivers 1927/28 et 1928/29.

 

Hindemith commence à s’intéresser à la « musique ancienne » en 1922 ; il compose la Kleine Sonate op.25 n°2 (1922) pour la viole d’amour (et comme le décrit Hindemith dans une lettre adressée à une amie, « un instrument merveilleux […], du plus beau timbre que tu puisses imaginer, d’une suavité et d’une douceur totalement indescriptibles » […].. Il donne de très nombreux concerts de musique baroque […].. Plus tard, en collaboration avec le Collegium Musicum de la Yale University, il élabore des programmes de concerts qui présentent des compositions allant de Perotin à Bach.Lorsque cela s’avère nécessaire, Hindemith y joue également la partie du violon, de l’alto, de la vielle, de la viole de gambe ou du basson. […].Hindemith décide de mettre un terme à sa carrière d’altiste lorsqu’il écoute en 1940 ses derniers enregistrements sur disques : « J’ai décidé de renoncer définitivement à toute exécution en public. Si elle n’est pas plus belle que ce qui sort du gramophone, alors elle n’est pas digne d’être jouée».[…].

 

Émigration

 

Le 10 mars 1933, Hindemith écrit « Avec tout ce que je vois ici dans le monde musical et théâtral, je crois que, bientôt, tous les postes de théâtre seront occupés par de jeunes nationalistes robustes. Au printemps  prochain, une fois les premières difficultés surmontées, on devrait avoir une bonne chance de présenter un opéra de Penzoldt et de moi-même ». Hindemith se trompe. En avril 1933, les Éditions Schott l’informent que la moitié de ses oeuvres ont été classées sous le vocable de « bolchevisme culturel » et que leur représentation publique est – officieusement  – interdite. En dépit de nombreuses brimades et de plusieurs articles de délation, Hindemith persévère, toujours dans l’espoir que le régime nazi ne sera que de courte durée. Frappé d’interdit d’exécution publique, il part interpréter ses œuvres dans les pays voisins, avec les compagnons juifs de son trio, Szymon Goldberg et Emanuel Feuermann. Une longue réflexion sur le problème de l’inaction face à la création artistique et la politique succède alors à son retrait de la vie publique. […].En toute innocence, Hindemith croit désormais qu’il sera possible de clarifier de manière positive sa position face au Troisième Reich. En novembre 1934, Furtwängler publie un article […]. « Le cas Hindemith », dans lequel il s’engage avec véhémence en faveur de Hindemith et réclame un espace politique dédié à l’art. Joseph Goebbels réagit immédiatement lors de la réunion de la Chambre de la culture du Reich qui se tient le 6 décembre 1934 au Palais des sports à Berlin. Sans nommer Hindemith par son nom, il le qualifie de « atonaler Geräuschemacher » [« bruiteur atonal »] et proclame : « Le national-socialisme représente la conscience  non seulement politique et sociale mais aussi culturelle de la nation ». […].L’interdiction officielle d’interpréter la musique de Paul Hindemith en Allemagne est promulguée en octobre 1936 […].. Pour Hindemith, la décision de quitter l’Allemagne n’est plus qu’une question de jours. […].

 

Poète et penseur

 

Dès son plus jeune âge, Paul Hindemith se passionne pour la littérature et l’art. Le lyrisme comique de Christian Morgenstern, notamment, le fascine. Lorsque Hindemith s’exprime sur l’actualité ou sur le comportement de ses contemporains, son ton est souvent empreint d’humour, piquant et acerbe. Cet exemple permet d’apprécier son sens de l’ironie :  « Le joueur de triangle a attiré mon attention. Sans doute s’agit-il d’un homme fort important issu de la bourgeoisie, avec une femme et des enfants qui l’attendent dans une maison sans dettes. Peut-être est-il propriétaire d’une fameuse collection de timbres bien connue dans le cercle des philatélistes, et siège-t-il  à la direction du conseil paroissial ou en tant que membre honoraire dans diverses associations renommées... Cette personnalité comptait…les pauses et décrochait ici et là un petit son de sa corbeille à pain triangulaire. Pour le produire, cela lui demandait un effort intellectuel aussi important que pour nouer son lacet de chaussure ; mais il avait tout de même derrière lui des années de conservatoire, des diplômes, des auditions et gagné de nombreux concours ». […].

 

On est proche du Secret de l’ancienne Musique de Villiers de l’Isle-Adam (note Brittany Mélodies)

 

Il relate sa visite de l’observatoire du Mont Wilson en Californie par ces mots : « Dans l’un des bâtiments à coupole que nous avons franchi, une musique retentissait : un photographe, assis derrière le deuxième plus grand télescope, a passé des heures à prendre des clichés d’une étoile tout en écoutant, dans le froid et le noir, la Symphonie en mi bémol majeur de Mozart, diffusée à la radio ou passée sur un gramophone. Il était fort étrange d’écouter cette musique, entouré d’étoiles, car le travail avec de tels appareils évoque plutôt le silence glacial de l’immensité infinie. Et, pourtant, une fois la première surprise passée, cette musique se liait réellement à cet infini, formant ainsi un corps constitué de mesures et de sons qui n’était altéré par aucune faute ou imprécision. Je crois que, hormis celles de Bach et de Mozart, aucune autre musique n’aurait pu supporter une telle rencontre ! ».

Hindemith, cet inconnu :[…] Nous jouons également de la musique, mais seules des oreilles spécialement préparées à l’écouter - et de préférence munies de tampons de coton – peuvent la supporter. Nous avons créé un drame en musique que nous représenterons après le jour de l’an. Vous y êtes aussi cordialement invités. Mais, pensez à apporter de l’aspirine ! ». Ce cercle d’amis inspire Hindemith dans les années 1913-1920 : il écrit au total sept « oeuvres maîtresses dramatiques » – des pièces grotesques voire même surréalistes dont le sujet est en majeure partie autobiographique. […].Aujourd’hui, nous n’en possédons que les titres et l’orchestration, comme, par exemple, la « Festmarsch : Das Grab ist meine Freude » et la « Musik für 6 Instrumente und einen Umwender » (embrayage?) pour flûte, piano, 2 violons, violoncelle et contrebasse, la « Gouda-Emmental-Marsch » pour petite flûte, piano et quintette à cordes, ou bien le « Lied accompagné du grand orchestre dans le style de Richard Strauss (le texte est issu d’un journal pour apiculteur) » pour soprano et quatuor à cordes. Les compositions encore disponibles « Minimax. Repertorium für Militärorchester » (1923) et l’Ouverture du Vaisseau Fantôme jouée comme le ferait « un mauvais orchestre d’une station thermale à 7 heures du matin, près d’une fontaine, en déchiffrant la partition » (1925), toutes deux pour quatuor à cordes, donnent une idée de l’humour musical de Hindemith. […].Une des grandes passions de Hindemith consistait à jouer au train électrique. Dans les années 1930, il invite des amis et des relations – dont certaines personnalités, comme le pianiste Artur Schnabel ou le poète Gottfried Benn – à venir jouer avec lui au petit train dans son appartement à Berlin. […]. « Il possédait 300 mètres de rails, des voies électriques très sophistiquées, équipées d’aiguillages et de signaux ferroviaires. Le dimanche, il s’asseyait et élaborait minutieusement des horaires qui auraient fait la fierté de n’importe quel chef de gare. Les heures en service normal correspondaient à des minutes et les minutes à des secondes. Lorsque tous étaient réunis, ils passaient la matinée à assembler le train dans trois pièces de l’appartement. Ensuite, l’après-midi, ils commençaient à jouer. Chacun obtenait un horaire et un chronomètre et était tenu de télécommander un train qui devait respecter scrupuleusement les arrêts et les points d’évitement et arriver à la destination prévue à la seconde près. Madame Hindemith racontait que souvent, à 2 ou 3 heures du matin, les hommes (en particulier lorsque Artur Schnabel – un fanatique des trains électriques – était présent) totalement épuisés, venaient lui demander un schnaps ». […].

 

Le Lac Léman

 

Dans son ultime composition, une Messe a cappella, Hindemith associe des motifs typiques de diverses époques de l’histoire de la musique tout en les soumettant à la complexité de ses propres conceptions harmoniques. Les possibilités d’intégration dans cette œuvre tout à fait nouvelle de formes de composition historiquement éloignées du genre de la messe apportent, pour Hindemith, la preuve que le système tonal montre, par nature, des qualités qui défient le temps. Ainsi donc, il est fondamentalement convaincu que des genres musicaux tels que la messe, le motet ou le madrigal représentent, par leur tradition même, un idéal à ce point immuable qu’il parvient à réunir compositeur, interprète et auditeurs dans un sentiment de communion que, pense-t-il, ses contemporains ne partagent plus. […].À partir du milieu des années 1950, il s’exprime de manière extrêmement polémique, dans des conférences et des articles de journaux, sur l’évolution de la musique moderne et ses représentants. Si ces derniers se sont résolument tournés vers l’avant-garde, Hindemith estime qu’ils ne se soucient pas suffisamment de l’ancrage de la musique dans la vie de tous les jours de la société contemporaine. […].

 

(Source : http://www.paul-hindemith.org/content/view/57/102/lang,fr/ nota : Ce site Hindemith, très intéressant, est en trois langues : English, Deutsch, Français)

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