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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 18:28

Artus Aux-Cousteaux (1590 ?-1656)


 

L’orthographe varie Haut-CousteauHartus aux Cousteaux etc…

 

Né à Amiens dans les dernières années du XVIe siècle, Artus Aux-Cousteaux reçut une solide formation musicale au sein de la maîtrise de Saint-Quentin, sous la direction du compositeur et maître de chapelle Jean de Bournonville. Son éducation musicale terminée il eut la chance de servir notre Roy tres juste [Louis XIII] par treize années en sa chapelle de musique. A partir de 1629, Aux-Cousteaux revint travailler à Saint-Quentin en qualité de maître de musique cette fois. Enfin, admis en 1634 comme clerc haute-contre en la Sainte-Chapelle, il se fixa définitivement à Paris où il s'attira très vite la protection et les bonnes grâces de Mathieu Molé, Premier Président du Parlement puis Garde des Sceaux et grand amateur de musique.

 

En 1642, Artus Aux-Cousteaux était reçu au poste de maître de musique de la Sainte-Chapelle, chargé de la formation musicale des enfants de la prestigieuse maîtrise royale. Excellent technicien et bon mélodiste, il prétendit alors refuser certaines "facilités" du style nouveau qui faisait fureur sur scène et dans les salons. De ce fait, mais en grande partie démentie par la réalité de sa musique, est née la légende qui a fait d'Aux-Cousteaux l'un des parangons de ce conservatisme alors omniprésent dans la musique d'église en France.

Orgueilleux, ne souffrant aucune contradiction, querelleur, usant volontiers de l'invective et même de l'insolence envers ses supérieurs du Chapitre de la Sainte-Chapelle, il fut à plusieurs reprises en butte aux réprimandes de ces Messieurs qui, par trois fois, entre 1640 et 1645, prononcèrent contre lui une sentence d'exclusion ! Il ne dût son maintien en place qu'aux interventions bienveillantes et répétées de Mathieu Molé.

 

En 1650, une enquête ordonnée par le Chapitre à la suite de plaintes concernant de grands désordres dans la Maîtrise dût aboutir à la mise en cause de sa responsabilité et provoquer son départ, car à partir de cette époque son nom disparaît des registres capitulaires. La préface d'un petit livre de Psaumes parus en 1656 nous apprend son décès pendant le travail d'impression.

 

Personnage contesté, sa mauvaise réputation n'allait, hélas, pas s'éteindre avec lui. Ainsi, au début du XVIIIe siècle, le célèbre Sébastien de Brossard, compositeur et maître de chapelle lui aussi, dresse de notre homme un portrait peu flatteur :

 

J'ay ouy dire par le feu Sieur Christophe Ballard dont le père a imprimé beaucoup de musique de cet auteur (Aux-Cousteaux), que c'estoit un pédant fieffé, qui ne vouloit suivre que sa teste, où il croyoit que toute la science imaginable estoit enfermée, et qui, parce qu'il occupoit le meilleur poste du royaume, s'imaginoit que tout luy devoit céder et que rien n'estoit supportable que ce qu'il faisoit ou inventoit.

 

Ses qualités musicales étaient néanmoins reconnues par certains de ses confrères. Ainsi, en 1643, nous trouvons le témoignage du maître des enfants de la cathédrale d'Auxerre, Annibal Gantez, un musicien qui ne ménage pourtant pas ses critiques envers les musiciens avec lesquels il se trouvait en concurrence :

Celuy que j'ay trouvé en ce païs le plus agréable en la Musique, c'est Veillot, Maistre de Nostre Dame, & celuy que j'ay rencontré le plus grave en la sienne c'est Péchon, Maistre de Sainct Germain. Mais Haut-Cousteau, Maistre de la Saincte Chapelle, fait parfaitement tous les deux.

 

La valeur de sa musique en faisait un compositeur particulièrement apprécié dans les maîtrises et psallettes du royaume et il n'est pas rare de voir figurer certaines de ses œuvres dans les listes d'ouvrages musicaux de l'époque. Ainsi, un inventaire de la psallette de Saint-Tugal de Laval (Mayenne), réalisé en 1656, signale, à côté de divers livres de musique pour le service divin :

 

Cinq petits livres de Hartus aux Cousteaux dont les premiers sont les commandements, les verz composés par Monsieur Mathieu

 

Cette allusion aux Quatrains de Monsieur Mathieu mis en musique par Aux-Cousteaux et publiés pour une part en 1643, puis en 1652, donne une indication précieuse sur le genre de répertoire abordé dans le cadre des études musicales au sein d'une psallette de province.

 

Le recueil de 1643 est peut-être une réimpression car, dès 1636, dans l'Harmonie Universelle de Marin Mersenne, on peut lire la référence suivante, autre témoignage de l'intérêt suscité par la musique d'Aux-Cousteaux :

 

Quant aux exemples de la composition ordinaire, il n'est pas nécessaire d'en donner d'autres que ceux que le sieur Aux Cousteaux excellent Musicien a fait depuis peu imprimer à trois parties, car il donné 50 Trios qu'il a mis dans les 12 Modes tant par Bmol que par Bquarre, lesquels peuvent servir d'idée à ceux qui veulent apprendre à composer.

 

Plus étonnant encore, l'une des messes à 5 voix, ad imitationem moduli Gratia sum harmonia (1647) nous est connue par une source unique. Il s'agit d'un grand in-folio, conservé à la Bibliothèque du Séminaire de Québec (Canada), ayant appartenu aux Jésuites venus fonder en Nouvelle-France un collège, terminé en 1650, sous l'épiscopat de François de Montmorency-Laval.

 

Personnage controversé, en grande partie victime de son mauvais caractère, Artus Aux-Cousteaux est resté jusqu'à ce jour injustement méconnu et parfois méprisé.

 

Obéissant parfois aux exigences d'austérité émanant du Concile de Trente, il compose en 1641 ses Magnificat sur les huit modes : Octo Cantica Divæ Mariæ Virginis. Ailleurs, cédant à la tentation des mélodies à la mode, comme cet air de cour d'Antoine Boesset, Quelles beautés, ô mortels, composé pour un Ballet de Cour donné en 1621, il écrit, trente ans plus tard, une messe à 5 voix ad imitationem moduli Quelle beauté, ô mortels.

 

De même, il est intéressant de voir comment, en 1644, dans une pièce intitulée Madrigalle, il reprend à son compte les premières notes d’un des plus grands succès de la musique italienne du début du XVIIe siècle, Amarilli de Giulio Caccini, paru dans les Nuove Musiche en 1602. Cette petite citation, qui à l’époque doit résonner comme un « jingle » aux oreilles des mélomanes, montre la connaissance qu’il avait de la musique italienne considérée alors comme une sorte d’avant-garde.

 

Ces contradictions sont justement l'un des éléments qui confèrent à sa musique un caractère particulier, une certaine ambiguïté source d'une émotion qui lui est propre. Ces ambivalences ne sont pas rares dans les œuvres qui composent ses Meslanges de Chansons, recueil paru en 1644.

 

Reconnaissant lui-même implicitement cet aspect des choses, il écrit à l’adresse de son dédicataire et protecteur le Président Mathieu Molé :

 

Je souhaiterois, MONSEIGNEUR, que ce petit ouvrage n’eust point d’autre objet que les choses saintes, pour estre un present plus digne de vostre Grandeur ; mais puis que je vous dois la meilleure partie de mon bien, & que vostre bonté a daigné couronner le travail de ma vie, j'ay crû estre obligé de vous offrir des productions de toutes mes années.

 

La date de parution de ce recueil (1644) explique également la présence de pièces de circonstance : La Chanson à 5 Ouvrez, Prince du ciel est un hommage posthume à Louis XIII, mort au mois de mai 1643, alors que la Chanson à 6, en trois parties, Grand Roy pour qui le ciel a fait tant de miracles, salue comme il se doit le tout jeune roi Louis XIV.

 

Par ailleurs, le choix des textes mis en musique indique de la part du musicien un goût littéraire assez sûr. Son inspiration est partagée entre des poèmes à caractère moral ou philosophique, illustrés par des auteurs comme Philippe Desportes ou Racan, et d’autres consacrés au dépit amoureux, thème baroque par excellence.

 

De son vivant, Artus Aux-Cousteaux avait déjà pressenti cette mise à l’écart qui le guettait. Écoutons-le, quelque peu désabusé, conclure en assurant sa défense. Il s’adresse Au Lecteur en préface à la Suite des Quatrains de Monsieur Mathieu parue à Paris chez Robert Ballard en 1652 :

 

[Il se trouve] des Admirateurs ignorants, qui après avoir entendu trois ou quatre belles voix avec les Luths, les Thuorbes, les Violes, & les autres Instruments bien touchez pour suppléer au défaut de la Musique, s ‘en vont haussans les yeux & les espaules, disant partout qu’il ne faut rien entendre après ces Merveilles : Ceux qui les croient en demeureroient là, & mespriseroient tous les autres Compositeurs : Ils disent pour toute raison que la Musique n’est faite que pour contenter l’oreille de ceux qui n’y cognoissent rien : mais je leur responds que si la Musique mal composée & bien chantée nous plaist, à plus forte raison nous doit plaire & agréer davantage celle qui est bien composée et bien chantée.

Je n’ay pas entrepris, Lecteur, de te marquer exactement les fautes de la Musique [de quelques Musiciens de ce siècle] afin qu’ils excusent les miennes ; je ne reprends que leur vanité, & me soumets librement à ta Censure.

 

En 1993, presque 350 ans après la mort de notre musicien, la musicologue Denise Launay, éminente spécialiste de la musique française du XVIIe siècle, évoque Aux-Cousteaux comme l’une des figures les plus originales de la musique religieuse de son temps. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour rendre justice à ce compositeur victime d’attaques excessives, sans cesse colportées et amplifiées par de nombreux critiques qui n’ont apparemment jamais pris la peine de consulter sa musique…

 

(Source :  http://poirierjm.free.fr/artus.htm, un site exceptionnel de richesse sur la musique baroque en général et le luth en particulier)

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