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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 13:45

4ème Festival de Pordic
               25-30 août 2009


 

Jeudi 27 août 2009
20h30

                                
            Chapelle du Vaudic



 

Spirituals, Gospels, traditional
Chants religieux et traditionnels du Sud des
Etats-Unis

Samantha Lavital,
voix
Mathieu Debordes, clavier


Née en Août 1977 à Paris, Samantha LAVITAL baigne immédiatement dans l’univers de son père musicien. Initiée très tôt par cet auteur compositeur interprète guadeloupéen, elle se hisse sur scène et enregistre dès l’âge de 8 ans son premier disque de chansons de variétés franco-caribéenne. Elle obtient sa licence de musicologie, pratique le jazz (conservatoire de paris CFEM) et ne cesse de se perfectionner : à la fois lead vocal, choriste, auteur compositeur, elle collabore avec des artistes de tous horizons musicaux. Depuis 2006, Samantha dirige Colors in Town, une chorale de gospel (90 choristes) avec laquelle elle a présenté ces deux dernières années des concerts à La Cigale et au Grand Rex de Paris. Elle a également travaillé avec le groupe Massak et participe à l’album Haïti Market sorti fin 2007 ainsi qu’à la création de plusieurs opéras afro (ou afropéras) au cours des deux dernières années. Aujourd’hui, Samantha se consacre à son nouveau projet, une vision féerique et moderne de la femme d’aujourd’hui, au carrefour des cultures afro-occidentales. Un album est à paraître en 2009.

                                                                                                                                                       (photo Patrick Lebrun)

Repères :
 

Jazz : Foudil Quintet : (album « Tout Simplement », 3 étoiles dans Jazz Magazine)


A Capella
 :
Âmes de Chœurs, Qu4tre


Gospel
 :
Gospel Voices (TV :" La Grande Famille " de Canal Plus, " Les Rendez-Vous de Daniella Lumbroso, " Vivement Dimanche " de Michel Drucker ; Live : Unesco, Zénith de Caen, Palais Omnisport de Bercy, Festival Radio France à Montpellier, Festival de Musiques sacrées de Perpignan, Festival de Jazz de Trouville, Biennale de la danse à Lyon, ouverture du 4ème Festival de Gospel de Salon de Provence)

Festival de Jazz à Montréal, Jazz à Vienne, Jazz à l’Ouest à Rennes

 

Mathieu DEBORDES est né en 1983. Il commence le piano à l'âge de 11 ans à L'ENM de Parthenay. Après des études de piano classique au Conservatoire National de Région (CNR) de Poitiers, il entre au Conservatoire M du 9ème aarondissement à Paris.  Il suit les cours de piano d'Emil Spanyi, ainsi que les cours d'arrangement avec Pierre Bertrand. Il obtient le Certificat de Fin d'Etudes Musicales (CFEM) de la Ville de Paris en 2005. Aujourd'hui il travaille, ou a travaillé, comme pianiste et arrangeur au sein de plusieurs formations à Paris (Und'chaque, trio Ba-Ya, Foudil Quintet, Askan Legacy, Jules...). Il travaille également régulièrement comme accompagnateur de chorales ou de groupes vocaux.

 


Aimé Césaire  (1913-2008)

CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL (extraits)

Pour le 70ème anniversaire de la publication dans la revue Volontés, Paris août 1939

 

Non, nous n’avons jamais été amazones du roi de Dahomey, ni princes de Ghana avec huit cents chameaux, ni docteurs à Tombouctou Askia le Grand étant roi, ni architectes de Djenné ni mahdis, ni guerriers. Nous ne nous sentons pas sous l’aisselle la démangeaison de ceux qui tinrent jadis la lance. Et puisque j’ai juré de ne rien celer de notre histoire (moi qui n’admire rien tant que le mouton broutant son ombre d’après-midi) je veux avouer que nous fûmes de tout temps d’assez piètres laveurs de vaisselle, des cireurs de chaussures sans envergure, mettons les choses au mieux, d’assez consciencieux sorciers et le seul indiscutable record que nous ayons battu est celui d’endurance à la chicotte…. (p. 38)

 

J’entends de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit d’un qu’on jette à la mer… les abois d’une femme en gésine… des raclements d’ongles cherchant des gorges… des ricanements de fouet… des farfouillis de vermine parmi des lassitudes…. (p. 39)

 

Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous, mais au-dessus  de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l’Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,

car il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie

que nous n’avons rien à faire au monde

que nous parasitons le monde

qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde

mais l’œuvre de l’homme vient seulement de commencer

et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur

et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force

et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête, et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu’a fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite. (pp. 57-58)



…… quelques jours plus tôt il m’avait fait présent de son Cahier d’un retour au pays natal, en petit tirage à part d’une revue de Paris où le poème avait dû passer inaperçu en 1939, et ce poème n’était rien moins que le plus grands monument lyrique de ce temps. Chanter ou ne pas chanter, voilà la question et il ne saurait être de salut dans la poésie qui ne chante pas bien qu’il faille demander au poète plus que de chanter. [….] Aimé Césaire est avant tout celui qui chante.

 

La parole d’Aimé Césaire, belle comme l’oxygène naissant.

 

 

André BRETON New York, 1943.

©présence africaine poésie, 1983
tous droits réservés




Marguerite Yourcenar

Fleuve profond, sombre rivière

Les Negro Spirituals, commentaires et traduction

 

 

Les thèmes du Negro Spiritual sont trop indissolublement liés à une condition bien déterminée, qui est l’esclavage, pour qu’il soit possible d’analyser ces poèmes sans rappeler d’abord certaines dates et certains faits concernant l’esclavage des Noirs dans le Nouveau Monde. Mais ces faits eux-mêmes ne constituent guère qu’un récent chapitre d’une immémoriale chronique de violence et d’exploitation du nègre. p. 8

 

Les négresses qui servent de repoussoirs aux blanches beautés des tableaux vénitiens, les négrillons en veste de satin des tableaux du XVIIIe siècle n’affectaient pas l’économie des nations ; ils ne risquaient pas non plus d’établir en Occident un prolétariat noir. La traite des nègres n’aurait jamais pris en Europe l’ampleur des grandes entreprises sans deux aubaines outre-Atlantique se succédant à moins d’un demi-siècle de distance : d’une part la découverte par les Portugais de la route maritime vers l’Afrique noire (leurs premières razzias au Sénégal remontent à 1444), permettant d’acheminer un fret humain plus considérable par une voie plus directe et moins onéreuse que ne l’avait été celles des caravanes ; de l’autre la découverte et les premiers essais de colonisation du Nouveau Monde, offrant enfin aux négriers des débouchés sûrs. p. 9

 

Trois continents se trouvaient impliqués dans un négoce où l’Afrique fournissait la matière première, l’Europe les capitaux et les moyens de transport, et le Nouveau Monde les acheteurs. La phase américaine de l’esclavage noir avait commencé.

Dès 1501, les Espagnols avaient introduit des nègres dans l’archipel caraïbe ; quelques années plus tard, et par des plus amères ironies de l’histoire, Las Casas, l’admirable défenseur des populations indiennes opprimées par la conquête espagnole, demanda à Charles Quint de permettre à chaque colon établi sur le territoire de la Nouvelle-Espagne l’introduction d’une douzaine d’esclaves noirs, pour soulager les Indiens condamnés au travail des mines ; il vécut assez pour se repentir de cet expédient. p.10

 

C’est en 1619 qu’un négrier hollandais débarqua pour la première fois sa marchandise humaine dans un port de ce qui était alors la colonie anglaise de Virginie. Ce pitoyable petit groupe de vingt Noirs allait être suivi dans l’espace de deux siècles par plus de deux millions d’hommes, sans compter ceux innombrables qui périrent pendant la capture, durant la traversée, ou pendant la période de dressage. p. 11

 

À coup sûr, le bien et le mal sont toujours trop inextricablement mêlés dans les sociétés humaines pour qu’on puisse, sans risque d’exagération, tracer une image en tout et toujours sinistre de la condition des esclaves. p. 12

 

L’aire d’origine du Negro Spiritual est située toute entière dans les États du Sud. Elle s’étend a peu près du Delaware au nord à la Louisiane au midi, des deux Carolines à l’est au Kentucky à l’ouest. Les très rares Spirituals qui soient d’inspiration catholique proviennent presque tous de la Louisiane, exception quasi unique dans cette poésie populaire empreinte toute entière de piétisme protestant. p. 37

 

Le Negro Spiritual allait avoir à souffrir de sa réussite même. Plus on va vers le XXe siècle, plus on voit s’accroître le nombre de décoctions lyriques dans lesquelles s’entremêlent en un désordre adultère les grands motifs d’autrefois, et où ce qui était d’abord sublime devient matière à rengaine. [….] On peut se demander [..] si le public des concerts et des disques s’est toujours rendu compte qu’il se trouvait en présence d’un des plus pures expressions de la ferveur chrétienne. p. 43

 

… Sous leur forme la plus haute, [ces poèmes] expriment lyriquement le drame le plus secret de l’existence humaine, les capacités de changement et d’éveil, l’enflammement d’une soudaine étincelle dans l’argile promise à la tombe. […] Et c’est ici que nous retrouvons la profonde négritude du Negro Spiritual, l’obscur souve­nir de cultes ancestraux étayant ou colorant les mythes et les rites chrétiens. La vision déli­rante et presque frénétique de l’Agneau égorgé pour le salut des hommes […] évoque irré­sistible­ment les sacrifices sanglants de la vieille Afrique […] le paysage d’ossements de la vision d’Ézéchiel revue par le poète noir fait l’effet d’une nécromancie vaudou […]. Sous la voie lactée de la douceur chrétienne, nous croyons pénétrer des profondeurs de nuit noire. pp. 54-56

 

Tout homme, et même l’ouvrier noir des marécages de la Géorgie, est le légataire universel de toute l’histoire. Humblement, fortement, par un de ces miracles de lente transmission qui font que rien tout à fait ne se perd, pas même les trésors les plus fragiles ou les plus méconnus, le chanteur nègre, illettré, analphabète, placé semble-t-il au dernier degré de l’ignorance humaine, hérite de mystiques et de saints dont il n’importe pas qu’il sache les noms. p. 57

 

L’idée de la mort est pour ainsi dire sous-jacente à toutes les autres notions exprimées dans le Spiritual. Le passage de la mer Rouge est vu comme une traversée, non seulement vers la Terre promise ou vers un plus ou moins mythique Liberia, mais vers une liberté plus totale et dernière ; la sortie d’Égypte est la fin de l’exil terrestre. L’océan sur lequel l’esclave enchaîné a été une fois transporté à fond de cale est la mer des Ténèbres. Le passage de fleuves qui sont à la fois le Mississipi et le Tennessee réels, le Jourdain biblique, et peut-être des Nigers ou des Zambèzes à demi oubliés, n’est pas seulement une allégorie de l’évasion […] : il se réfère, comme dans toute grande poésie mythique, à la traversée du profond fleuve des morts qui coule silencieusement au fond de tout inconscient humain. p. 61

 

Comme dans toute grande poésie, le sujet traité dans les Spirituals est finalement celui des servitudes et des espoirs de l’homme ; nous sommes tous esclaves, et nous mourrons tous. Nous aspirons tous aussi, chacun à sa manière, à un royaume où règne la paix. C’est parce qu’il touche à ces thèmes universels que le Negro Spiritual a sa place parmi les grands témoignages humains. p. 63

 

Extraits de la préface de Fleuve profond, sombre rivière

commentaires et traductions par Marguerite Yourcenar de 150 spirituals

© nrf gallimard, 1964 tous droits réservés

 

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