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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 17:20

4. Mardi 26 août 2008 à la Ville Robert, salle Massignon :

concert de Yedam Kim, piano : Beethoven, Albéniz, Bach, Rachmaninov, Chopin

 
Comme nous l’avions fait en 2007 avec Louis Lancien, Brittany Mélodies est heureux d'accueillir en concert  l’un ou l'une des jeunes artistes distingués lors des concours de sortie du Conservatoire. La jeune pianiste coréenne Yedam Kim a déjà obtenu de nombreux prix internationaux. Elle a terminé ses études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris (CNSM) dans la classe de Bruno Rigutto.
première partie

Ludwig Van BEETHOVEN Sonate Op. 53 No.21 en Do Majeur 'Waldstein'

La Sonate pour piano n° 21 en do majeur, opus 53, de Ludwig van Beethoven, composée entre 1803 et 1804, est dédiée au comte Ferdinand von Waldstein, ami et protecteur de Beethoven. C'est, pour les pianistes,  une des grandes sonates de Beethoven. Ellle comporte apparemment deux mouvements :

1. Allegro con brio

2.  Introduzione: Adagio molto — Rondo: Allegretto moderato — Prestissimo

L'Introduzione adagio molto, très courte (28 mesures) et très riche, se caractérise par une étonnante économie de moyens dans la composition et l'expression musicale. Située entre l'allegro con brio, de 302 mesures (ou 385 reprise comprise), et le Rondo Allegretto moderato — Prestissimo  final de 543 mesures, auquel il s'enchaîne attacca subito, sans arrêter, c'est un des mouvements lents les plus courts qui soient. Il existe peu de passages aussi nets de l'ombre à la lumière, de la Nuit à l'Aurore ; seules les mesures centrales de l'adagio du Quintette en ré de Mozart (K 593) pourraient lui être comparées.  En France, cette sonate s'appelle souvent "l'Aurore".  Vient à l'esprit la phrase finale de l'Electre de Giraudoux :

LA FEMME NARSÈS. [...] Je sens évidemment qu’il se passe quelque chose, mais je me rends mal compte. Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
ÉLECTRE. Demande au mendiant. Il le sait.
LE MENDIANT. Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore.

  

Isaac ALBÉNIZ I PASCUAL   (1860-1909) Triana (Extrait d'Ibéria 2ème cahier)

Iberia est une évocation musicale de l’Andalousie. Iberia a été créée de 1906  à 1909, au fur et à mesure des progrès de la composition (et de la maladie qui emportera Albéniz en 1909). Iberia comporte quatre livres de trois pièces et son exécution intégrale dure un peu plus de une heure trente.  Sous l'influence de Claude Debussy, qui l'admirait beaucoup, au point que lui aussi écrira un "Iberia" (pour orchestre), Albeniz a écrit une musique de  plus en plus complexe et raffinée. Le Grand poète Federico García Lorca a écrit un très bel Épitaphe pour Isaac Albéniz :

 


 

 

 

Esta piedra que vemos levantada
sobre hierbas de muerte y barro oscuro
guarda lira de sombra, sol maduro,
urna de canto sola y derramada.

Cette pierre que nous voyons levée
sur des herbes de mort et de boue obscure
garde lire d’ombre, soleil  mur,
urne de chant seule et versée.


Desde la sal de Cádiz a Granada
que erige en agua un perpetuo muro
en caballo andaluz de acento duro
tu sombra gime por la luz dorada
.

Dés le sel de Cadis a Grenade
qui lève en eau un mur perpétuel
en cheval andalou de dur accent
ton ombre gémit par la lumière dorée.

¡Oh dulce muerto de pequeña mano
¡Oh música y bondad entretegida
¡Oh pupila de azor, corazon sano
.
Oh doux mort de petite main!
Oh musique et bonté entretissée!
Oh pupille de vautour, coeur sain!.

 

 

 Duerme cielo sin fin nieve tendida
Sueña invierno de lumbre, gris verano
¡Duerme en olvido de tu vieja vida!

Dors ciel infini neige tendue
Songe hiver de lumière, gris été
Dors en oubli de ta vieille vie!

14 Décembre 1935

                                                                 Entracte

 
Jean Sébastien BACH (1685-1750)
Fantaisie chromatique et fugue en ré mineur BWV 903  L'oeuvre date de 1730  : elle dévoile, après les suites pour violoncelle seul (le dimanche 24 août) et les extraits du Clavier bien tempéré  le lundi 25 (concert autour de Clara Schumann), un tout autre aspect de J.S. Bach, avec des  élans préromantiques.

On y distingue trois "mouvements" 1. Fantasia 2. Recitativo 3. Fuga. On la joue au clavecin ou au piano. Devant le préromantisme de l’œuvre, on ne s’étonnera pas que Max Reger, le romantique allemand le plus imbu de J.S. Bach, en ait fait une adaptation pour l’orgue.

Serge RACHMANINOV (1873-1943) Variations sur le thème de Corelli Op.42 - Une oeuvre qui dans un tout autre style, fait aussi le pont entre le baroque Arcangelo Corelli (1650-1712) et le post-romantisme de Serge Rachmaninov ; après le concerto n°2 (le samedi 23 août) un autre aspect de Rachmaninov.

Arcangelo Corelli (1653-1713) Un des grands Italiens d’avant Bach, et dont la vie se résume à son œuvre. Élu à l’Académie philharmonique de Bologne en 1670, exactement cent ans avant le jeune Mozart. Installé à Rome vers 1675, il est violoniste de Saint-Louis des Français, protégé par la reine Christine de Suède qui réside à Rome depuis 1658. Au service du cardinal Ottoboni, mécène généreux et éclairé, Corelli rencontre Haendel dont il dirige un oratorio ; à Naples, il fait la connaissance d’Alessandro Scarlatti. Il meurt à Rome en 1713 avant d’avoir terminé les corrections de ses Concerti grossi op.6, publiés un an après sa mort. Son œuvre restreinte, six numéros d’opus (sonates à trois, sonates pour violon et basse) consacrée au violon, a connu un retentissement considérable en Europe, grâce à ses nombreux élèves, dont Locatelli, Geminiani, Anet, Somis entre autres. Bach lui a emprunté un thème de la Sonate op. 3 n°4 pour sa fugue d’orgue en si mineur (BWV 579). Rachmaninov lui emprunte le thème de sa Sonate pour violon n°12 opus 5, basée sur le thème de la Folia.

Les Variations sur un thème de Corelli, de Serge Rachmaninov, Opus 42, sont dédiées à Fritz Kreisler, et ont été créées par le compositeur en octobre 1931. Le motif principal est tiré d’une ancienne danse ibérique (portugaise ou espagnole, les avis divergent), la Folia, utilisée non seulement par Corelli, mais aussi par Carl-Philippe Emmanuel Bach, par Cherubini et par Franz Liszt. Les Variations retournent sans cesse au thème noble, simple et désenchanté, qui s’intègre à l’univers musical du musicien, d’une grande pudeur. L’opulence sonore et la virtuosité pianistique ne font pas partie de l’univers des Variations Corelli. Et cependant, malgré son laconisme, les vingt suites qui la constituent se courbent sous les doigts du pianiste avec une expression et une gravité des plus enivrantes. L’œuvre réjouit l’auditeur par ses innombrables nuances et ruptures, mêlant festivité, accalmie, emportements badins ou plus sérieux, entonnant ici un menuet (troisième variation), là une toccata (septième), plus loin un scherzo à la veine tzigane (dixième et onzième) ou encore un nocturne (quinzième). Contrairement au schéma classique que certains commentateurs ont cru percevoir (où se succéderait, après un premier mouvement de la variation une à treize, un mouvement lent composé des variations quatorze et quinze et un mouvement vif de la variation seize à vingt), l’œuvre se dévoile calmement dans une série d’impressions éparses, hésitantes, richement construites autours du motif de la Folia. Ainsi la tendre ouverture de l’œuvre est-elle brusquement bousculée dès la cinquième variation par une rafale amusée d’arpèges. De même, la très belle chevauchée finale, rythmique et souriante, encore toute trépidante, se ravise-t-elle de manière inattendue. Le feu s’éteint alors dans un ultime tableau où le motif principal s’estompe en quelques secondes à peine… L’œuvre est bien plus intime que ses futures variations, beaucoup plus célèbres, la Rhapsodie sur le vingt-quatrième Caprice de Paganini pour piano et orchestre, ne serait-ce que par l’usage du piano seul. Les Variations Corelli sont bien plus représentatives de leur auteur, malgré la différence de succès entre les deux pièces. Car la composition connaîtra un accueil très tiède, le compositeur allant jusqu’à abréger l’œuvre suivant le « flottement » des auditeurs : Je les ai jouées une quinzaine de fois, écrit-il à Medtner le 21 décembre 1931, mais jamais dans leur continuité. Je me suis guidé sur les toux du public. S’ils toussaient de plus en plus, je sautais la variation suivante. S’ils cessaient de tousser, je jouais normalement. A un concert, je ne me souviens plus lequel - c’était dans une petite ville -, ils toussaient tellement que je n’ai pu jouer que 10 variations (sur les 20). J’ai atteint mon record à New-York, où j’en ai joué 18. Le manque permanent de confiance en lui et sa sensibilité à la critique ont d’ailleurs conduit Rachmaninov à autoriser qu'on indique sur la partition publiée la possibilité d'omettre les variations 11, 12 et 19, au choix ... c’est son œuvre ultime pour piano seul, et la seule composée en vingt-six ans d’exil aux Etats-Unis. 

 

 

Frédéric CHOPIN (1810-1849)     
                                               Etude Op.10 No.4 en do dièse mineur –

                                               Ballade Op.23 No.1 en sol mineur –

La Ballade, que Clara Schumann a bien sûr jouée, nous ramène au couple Schumann évoqué la veille lundi 25 août : Commencée à Vienne au printemps 1831 elle fut achevée à Paris en 1835. Cette oeuvre était une de celles que Chopin préférait. Schumann le confirme en 1836, quand il écrit à son ancien professeur de contrepoint, après avoir rencontré Chopin : 
"J'ai dans les mains, une récente ballade de Chopin en sol mineur, elle me semble géniale et je le lui ai dit ; après un silence Chopin m'a répondu ; "Cela me fait plaisir, car c'est aussi celle que je préfère". Liszt y voyait une "Odyssée de l'âme de Chopin".
La  ballade en sol mineur est un immense poème passionné, plein d'émotion et de mélancolie douloureuse. Elle est partagée en trois parties inégales. La partie centrale "Moderato" est l'essentiel de l'oeuvre. Elle est encadrée par une brève introduction "Lento" et une coda orageuse "Presto con fuoco".
L'introduction, s'élève comme une plainte, puis retombe comme une valse avec un rythme qui semble improvisé. 
Une cadence fugitive annonce le second thème, qui commence tout en douceur, puis s'amplifie et s'anime progressivement. Il est suivi par un épisode de joie fugace, précédant le moment intense des mesures qui vont suivre. De nouveau un épisode divertissant, éblouissant de virtuosité, qui apporte un peu d'apaisement dans la tension de l'oeuvre. Le thème initial s'annonce une dernière fois "sotto voce" dans un climat de passion pathétique, et s'enchaîne "Presto con fuoco" avec la tumultueuse Coda. Une série de gammes douloureuses et déchirantes traverse le clavier, pour retomber sur trois accords plaintifs, et un rappel du premier thème. Tout s'accélère, dans les dernières mesures, et s'achève sur deux longs accords sonores.


Yedam Kim
 

    Née en 1988 à Incheon en Corée du Sud, Yedam Kim commence ses études de piano à l'âge de six ans.  Elle étudie à l'école des Arts Yewon ainsi qu'à la « Korea National University of Arts » et elle remporte plusieurs premiers prix dans des concours nationaux en Corée.  Arrivée en France à quatorze ans, elle a travaillé au CNR de Paris (1er prix à l'unanimité en 2004).  Elle vient de  terminer ses quatre années de Formation Supérieure au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans la classe de Bruno Rigutto. Yedam Kim est lauréate de plusieurs concours internationaux : Premier Prix au concours Steinway (France, 2003), premier Prix au concours international de San Sebastian (Espagne, 2003), deuxième Prix au concours international d’Ile-de-France ainsi que le deuxième Prix au concours FLAME (France, 2008). Elle a gagné en 2006 le concours de soliste du Conservatoire National de Région de Paris et en 2008, le deuxième prix avec le Prix du meilleur interprète de morceau contemporain au concours international de Piano Campus. Elle est boursière de la Fondation Yamaha. Depuis plusieurs années, Yedam Kim se produit régulièrement en concert en France. Elle a joué le 3ème Concerto de Rachmaninov en 2006 avec l'orchestre du CNR de Paris dirigé par Pierre-Michel Durand. En mars 2006, la Salle Cortot l'accueille dans le cadre du Concert Animato. Elle a donné des récitals à Séoul en 2002, à Barcelone en 2004 et à Sisteron en 2008 lors du concert d’ouverture du Festival ‘Les nuits de la citadelle’. Elle s'est aussi produite à l'Académie Internationale de musique de la Chaise-Dieu, en concert des jeunes talents (Chateauroux et Bois-Colombes), au Festival Chopin à Paris (Parc de Bagatelle, 2007) et aux Rencontres internationales Chopin (Nohant, 2007).

 

 

 

 

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