Samedi 17 janvier 2009

                                                   Egon Erwin Kisch

                                           
                                                   Du mime au crime
                                         Pierrot, der Totschläger

 

C’est à Paris que la pantomime, cette forme d’art vieille de deux mille ans, a connu sa grande renaissance, c’est de Paris que l’ancien jeu de physionomie grec est sorti modernisé au début du dix-neuvième siècle, au point de conquérir le monde moderne. Ç’aura été l’œuvre de Gaspard Deburau. C’est évidemment lui-même qui a indiqué aux biographes de l’époque qu’il était né à Neu-Kolin en Bohême le 31 juillet 1796, tout en laissant entendre qu’il était de sang français : son père, une fois son temps de soldat français terminé, s’était installé en Bohême, Sans moyen d’y faire tant soit peu fortune, il avait déménagé à Varsovie, où il reçut notification qu’un héritage lui était dévolu, une propriété de famille à Amiens. Comme il n’avait pas les moyens de payer le voyage, le vieux Deburau forma une troupe d’acrobates et migra par étapes successives en France. Il avait fait de ses deux filles des funambules et ses trois fils se produisaient comme équilibristes (avec accessoirement une maladresse particulière chez le petit Gaspard).

La troupe arrive finalement à Amiens, pour recevoir le bien seigneurial fabuleux, et pour commencer à vivre la vie de riches nobliaux, et oh la la, à Amiens, il se révèle qu’en fait l’héritage familial est une maison en ruines avec un demi arpent de mauvaise terre en friche. Sans hésitation, Deburau père aliène la masure pour des clopinettes, il achète pour dix-huit francs un cheval et reprend la route. On accroche deux paniers sur le chariot de Thespis, dans lesquels le personnel du cirque et la boutique brinquebalent. Le cheval meurt sur pied, à pied les endeuillés affamés sont arrivés à Constantinople, et à pied ils sont repartis de là vers la France, vers Paris.

Ils s’établissent rue Saint-Maur. Un des fils de Deburau, appelé « Nieumensek » (nejmensi ? nemecek ?) se fait admirer d’un public enthousiaste comme le roi du trapèze, le second Stefan, est célébré comme un sauteur accompli, pendant que Gaspard reste dans l’ombre. Des deux sœurs, la plus âgée, celle dont le langage ne renonce pas à l’accent de terroir bohémien, sera connue de ce fait et à cause de sa beauté comme ‘’la belle Hongroise’’; la plus jeune va sauter directement de la barre suspendue à l’autel, où elle va épouser le premier lieutenant Dobrovski, un beau parti pour une fille de funambule, qui se produisait dans la rue et sur les foires !

Mais Gaspard a presque encore plus de chance, au moins pendant un quart d’heure. Alors qu’il traîne derrière la troupe de son père, il est dépassé à Saint-Cloud par – c’est ce que Deburau a dicté à son biographe – par le carrosse de Napoléon. L’empereur fait monter – un caprice – le comédien couvert de poussière dans sa voiture, la conversation vient sur le Théâtre, Bonaparte interroge le tout jeune artiste sur les dramaturges modernes, et surtout sur Baour-Lormian. « Sire, répond Gaspard, ces messieurs pourraient être de grands poètes, si, au lieu d’écrire des tragédies, ils se contentaient de composer des pantomimes ! » car Gaspard s’est entiché des pantomimes qui s’insèrent entre deux numéros de jongleur, il rêve d’en approfondir les personnages, d’étendre les numéros et de leur donner une structure plus ferme, jusqu’à donner des spectacles d’une soirée complète et ainsi de devenir le Talma de la pantomime.

Napoléon est à peine mort que le rêve de Deburau se réalise. Après une courte période d’essai chez Nicolas Bertrand, le directeur du Théâtre des Funambules, au n° 18 boulevard du Temple, il crée le nom et la figure de Pierrot, une version authentiquement française du « Gille » italien, avec un caractère et un nom authentiquement français. Tout Paris est enthousiaste de ce Pierrot qui est né à Paris, découvre en lui le caractère du peuple français. La littérature se saisit de ce nouveau genre de héros, et jusqu’à Laforgue, jusqu’au « Pierrot lunaire » de Giraud, ça ne s’arrêtera plus. N.M. Bertrand engage un Gaspard Deburau heureux le lundi de Pentecôte 1828 pour trois ans au cachet colossal de trente cinq francs par semaine. Et chaque soir il joue à partir de là le serviteur petit Pierre, « Pierrot », le souple, le balourd, poursuivi par le bâton, et par la malchance, et par Arlequin, le Deus ex machina des nombreuses « pantomimes féeriques d’Arlequin avec costumes, changements de décors, divertissements et métamorphoses ».

C’est désormais Kaspar le grand, le Français de Neu-Kolin a trouvé sa voie, le genre avec il peut parler parisien aux Parisiens, sans ouvrir la bouche. « Avec lui, la pantomime des Funambules devient aussi française que sont le Cid et l’Étourdi »[1] c’est ce que disent ceux qui chantent son panégyrique, ce qu’écrivent les grands de la critique contemporaine, qui le prennent pour un Français. Béranger le révère, comme Théophile Gautier, Charles Nodier, la Malibran, Gérard, Alexandre Dumas père, la bonne société, le peuple les artistes et les enfants.

Mais c’est sa gloire qui va faire vaciller sa gloire. En avril 1836, cet autre Napoléon connaîtra son propre Waterloo. Gaspard Deburau va avec sa femme se promener à Bagnolet. Un jeune de la zone, soit par enthousiasme, soit par orgueil d’avoir reconnu Pierrot même sans son costume de Pierrot, ou parce qu’il croit briller rien que par ses acclamations, ou avec l’intention d’embêter le mime, on ne sait, commence à crier : « Hourra, Pierrot ! Hourra, Pierrot ! »

Gaspard Deburau, tu n’es pas content de recevoir cette ovation.

Gaspard Deburau, je te comprends ! Sur la scène, oui, tu es le plus docile esclave du bourgeois Boissec, tu fais pour lui la cour à Colombine, tu te bats à sa place avec son rival Arlequin par qui tu te fais tabasser, tu es aussi l’esclave du public, et pour le pousser au ravissement, tu trébuches sur les vases de fleurs, tu laisses le lustre te tomber sur le nez, tu te fais rosser avec des pioches, des balais, slapstick à en être vert et bleu. Mais c’est justement pourquoi (surcompensation !) tu veux être pendant ton temps libre un Grandseigneur*, un homme sérieux. C’est justement pourquoi tu vas vers ce type qui tente de te prendre pour un Pierrot hors de la scène, pour un clown, un imbécile, tu vas droit sur lui et tu lui administres une gifle.

Cet incident est ce qu’on appelle dans ton théâtre le « prologue*», le lever de rideau qui précède le « spectacle tragique* ». Le soir quand Deburau rentre à la maison, il voit son adversaire en face de lui qui, entouré de nombreux amis, le guette pour se venger.

— Ohé, Pierrot, ohé !

Avec une détente qui ferait honneur même à son frère Stéphane, Gaspard est sur son adversaire. Par malheur Deburau a la canne à la main, il est un des meilleurs escrimeurs au bâton de l’époque, et peut-être parce qu’il n’a pas le droit de faire usage de cette faculté sur scène pour de bon, il brûle de s’entraîner ailleurs, il est en furie, et frappé de ses coups, le pauvre travailleur tombe à terre pour ne plus se relever.

Il est mort, et Pierrot est un meurtrier. On le mène en détention provisoire à la prison de Sainte Pélagie ; et là, un malheur n’arrive jamais seul, Pierrot, cet oiseau de malchance, il ne s’appelle pas Deburau mais Dvořák ! la presse de boulevard, à l’affût de détails sur l’homicide sensationnel, fait part à un Paris stupéfait que le plus parisien d’entre eux n’est pas du tout un Parisien qui serait né à Kolin par hasard, mais un Bohémien bon teint. Toutes ses histoires autobiographiques comme celle de la propriété minable héritée à Amiens, celle de la critique exprimée à Napoléon Bonaparte sur le drame contemporain français, tout ça ce sont des produits de son imagination ! Il n’a inventé Pierrot que pour cacher son français qui sent son patois bohémien ! La littérature française doit son école néoromantique et la pantomime sa renaissance à un défaut de prononciation d’un comédien ambitieux.

Deburau–Dvořák dans sa cellule à Sainte Pélagie n’a pas du tout l’idée que ce n’est pas son acte criminel, mais bien son origine, qui va le tuer auprès du public parisien. « Si je fais des moulinets avec ma canne, les spectateurs vont voir Pierrot le meurtrier et leur rire va se figer » écrit-il depuis la prison. Effectivement une partie du monde des lettres va soulever contre Deburau le reproche d’être assoiffé de sang, Alphonse Karr va présenter Deburau comme un personnage sinistre qui ne rit jamais hors de la scène, et c’est de là que vient l’anecdote que Deburau aurait consulté incognito un médecin contre la mélancolie ; celui-ci lui aurait conseillé d’aller voir Deburau, pour apprendre à rire avec ses blagues. Henri Rivière va soutenir que Deburau joue surtout avec des instruments meurtriers, qu’il jongle avec des rasoirs coupe-choux, qu’il mélangeait des poisons… Mais tout ça lui aura moins nui que le fait d’être de nationalité étrangère.

Mais tous ses amis ne l’abandonnent pas. George Sand et Champfleury dans le Constitutionnel, le Charivari et dans Corsaire Satan, mènent une campagne enflammée pour sa libération, la Garde Nationale dont il est membre, se déclare en sa faveur en disant à sa décharge que « ce Bohémien passionné possédait le sang chaud de tous les Hongrois ». En réalité le Pierrot démasqué a pu remonter sur la scène, mais le grand succès lui restera refusé ; il meurt relativement jeune le 18 juin 1846. Sur sa tombe est gravé :

                                              Ci-gît un comédien qui a tout dit

                                                        et qui n’a jamais parlé.

Son fils et successeur, Charles Deburau, le pleure, l’Art et le Peuple sont en deuil, et on fleurira la tombe de Napoléon-Pierrot jusqu’à ce qu’un nouveau genre de pantomime apparaisse avec de nouveaux héros : le cinéma. On oubliera alors Gaspard Deburau de Paris, celui à qui on avait reproché de s’appeler Kaspar Dvořák et d’être né à Kolin.


Traduction : J. Granoux pour les cahiers de l’estran. Merci à Dionys Kube, comme d’habitude, pour ses conseils pertinents. Pour les germanophones, un facsimilé du texte original d'Egon Erwin Kisch sera disponible le soir du concert.

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 17 janvier 2009

à l' I.N.J.A. (Institut National des Jeunes Aveugles)
56
boulevard des Invalides 75007 Paris (métro Duroc)
salle André Marchal, piano Bösendorfer

1. CHANTS BIBLIQUES (BIBLICKÉ PÍSNĚ), Op. 99 d'Antonín Dvořák, sur le texte de la Bible de Kralice

par Nicole Paramythioti, contralto, et  Jean-François Hatton, piano.

Conseillère pour la syntaxe et la prononciation du tchèque : Eva Boryskova


6 SLYŠ, O BO
ŽE, VOLÁNÍ MÉ (Psaume 61 : 1,3,4, 63 :1, 4/5)

Ô Seigneur écoute mon cri ...

 

7 PŘI ŘEKÁCH BABYLONSKÝCH (Psaume 137 :1-5)

Auprès des fleuves de Babylone...

 

8 POPATŘIŽ NA MNE A SMILUJ SE NADE MNOU (Psaume 25 : 16-18,20)

Tourne ta face vers moi...

 

9 POZDVIHUJI OČÍ SVÝCH K HORÁM (Psaume 121 : 1-4)

Je lève les yeux vers les hauteurs...

 

10 ZPÍVEJTE HOSPODINU PÍSEŇ NOVOU (Psaume 98:1,4/5,7,8, 96:12/11)

Chantez au Seigneur un chant nouveau ….

 

 

6 SLYŠ, O BOŽE, VOLÁNÍ MÉ (Psaume 61 : 1,3,4, 63 :1, 4/5)

Ô Seigneur écoute mon cri ...


Slyš, ó Bože, volání mé, pozoruj modlitby mé.

Nebo jsi býval útočiště mé, a pevná věže před tváří nepřítele.

Buduť bydliti v stánku tvém na věky,

schráním se v skrýši křídel tvých.

Bože! Bůh silný můj ty jsi, tebeť hned v jitře hledám,

Tebe žízní duše má, po tobě touží tělo mé,

v zemi žíznivé a vyprahlé, v níž není vody,

A tak abych tobě dobrořečil a s radostným rtů

prozpěvováním chválila by tě ústa má.


1 (61 :1)  (61 :2) O Dieu ! écoute mes cris, Sois attentif à ma prière !

2 (61 :3) Du bout de la terre je crie à toi, le coeur abattu ; Conduis-moi sur le rocher que je ne puis atteindre !

3 (61 :4) Car tu es pour moi un refuge, Une tour forte, en face de l'ennemi.

1 (63 :1) Psaume de David. Lorsqu'il était dans le désert de Juda. (63 :2) O Dieu ! tu es mon Dieu, je te cherche ; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau.

3 (63 :4) Car ta bonté vaut mieux que la vie : Mes lèvres célèbrent tes louanges.

4 (63 :5) Je te bénirai donc toute ma vie, J'élèverai mes mains en ton nom.

 

7 PŘI ŘEKÁCH BABYLONSKÝCH (Psaume 137 :1-5)

Auprès des fleuves de Babylone...


Při řekách Babylonských tam jsme sedávali, a plakávali,

rozpomínajíce se na Sion.

Na vrbí v té zemi zavěšovali jsme citary své.

když se tam dotazovali nás ti, kteříž nás zajali,

na slova písničky, říkajíce:

Zpívejte nám některou píseň Sionskou:

Odpovídali jsme:

Kterakž bychom mohli zpívati píseň Hospodinovu

v zemi cizozemců?

Jestliže se zapomenu na tebe, ó Jeruzaléme,

ó zapomeniž i pravice má umění svého.


1 Sur les bords des fleuves de Babylone, Nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion.

2 Aux saules de la contrée Nous avions suspendu nos harpes.

3 Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants, Et nos oppresseurs de la joie : Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion !

4 Comment chanterions-nous les cantiques de l'Éternel Sur une terre étrangère ?

5 Si je t'oublie, Jérusalem, Que ma droite m'oublie !


 

8 POPATŘIŽ NA MNE A SMILUJ SE NADE MNOU (Psaume 25 : 16-18,20) Tourne ta face vers moi...


Popatřiž na mne, a smiluj se nade mnou,

neboť jsem opuštěný a strápený.

Soužení srdce mého rozmnožují se,

z úzkostí mých vyveď mne, z úzkostí mých vyveď mne.

Smiluj se nade mnou! Viz trápení mé a bídu mou,

a odpusť všecky hříchy mé. Ostříhej duše mé, a vytrhni mne, ať nejsem zahanben,

neboť v tebe doufám, neboť v tebe doufám.


16 Regarde-moi et aie pitié de moi, Car je suis abandonné et malheureux.

17 Les angoisses de mon coeur augmentent ; Tire-moi de ma détresse.

18 Vois ma misère et ma peine, Et pardonne tous mes péchés.

20 Garde mon âme et sauve-moi ! Que je ne sois pas confus, Quand je cherche auprès de toi mon refuge

 

9 POZDVIHUJI OČÍ SVÝCH K HORÁM (Psaume 121 : 1-4)

Je lève les yeux vers les hauteurs...


Pozdvihuji očí svých k horám, odkud by mi přišla pomoc.

Pomoc má jest od Hospodina, kterýž učinil nebe i zemi.

Nedopustíť, aby se pohnouti měla noha tvá,

nebo nedřímeť strážný tvůj.

Aj, nedřímeť, ovšem nespí ten, kterýž ostříhá Izraele.


1 Je lève mes yeux vers les montagnes... D'où me viendra le secours ?

2 Le secours me vient de l'Éternel, Qui a fait les cieux et la terre.

3 Il ne permettra point que ton pied chancelle ; Celui qui te garde ne sommeillera point.

4 Voici, il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël.

 

10 ZPÍVEJTE HOSPODINU PÍSEŇ NOVOU (Psaume 98:1,4/5,7,8, 96:12/11)

Chantez au Seigneur un chant nouveau ….


Zpívejte Hospodinu píseň novou,

neboť jest divné věci učinil.

Zvuk vydejte, prozpěvujte, a žalmy zpívejte.

Zvuč, moře i to, což v něm jest,

okršlek světa i ti, což na něm bydlí.

Řeky rukama plésejte, spolu s nimi i hory prozpěvujte,

Plésej, pole a vše, což na něm,

plésej země, zvuč i moře i což v něm jest.


1 Chantez à l'Éternel un cantique nouveau ! Car il a fait des prodiges. Sa droite et son bras saint lui sont venus en aide.

4 Poussez vers l'Éternel des cris de joie, Vous tous, habitants de la terre ! Faites éclater votre allégresse, et chantez !

5 Chantez à l'Éternel avec la harpe ; Avec la harpe chantez des cantiques !

7 Que la mer retentisse avec tout ce qu'elle contient, Que le monde et ceux qui l'habitent éclatent d'allégresse,

8 Que les fleuves battent des mains, Que toutes les montagnes poussent des cris de joie,

12 Que la campagne s'égaie avec tout ce qu'elle renferme, Que tous les arbres des forêts poussent des cris de joie,

11 Que les cieux se réjouissent, et que la terre soit dans l'allégresse, Que la mer retentisse avec tout ce qu'elle contient,

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 17 janvier 2009

à l' I.N.J.A. (Institut National des Jeunes Aveugles)
56
boulevard des Invalides 75007 Paris (métro Duroc)
salle André Marchal, piano Bösendorfer

1. CHANTS BIBLIQUES (BIBLICKÉ PÍSNĚ), Op. 99 d'Antonín Dvořák, sur le texte de la Bible de Kralice

par Nicole Paramythioti, contralto, et Jean-François Hatton, piano.

Conseillère pour la syntaxe et la prononciation du tchèque : Eva Boryskova


Nuée et obscurité…

 

2 SKRÝŠE MÁ A PAVÉZA MÁ TY JSI (Psaume 119 :114-117,119,120)

Mon rempart et mon égide...

 

3 SLYŠ O BOŽE! SLYŠ MODLITBU MOU (Psaume 55 : 1,2,4/5,6,7,8)

Ô Seigneur écoute mon cri...

 

4 HOSPODIN JEST MŮJ PASTÝŘ (Psaume 23 :1-4)

L’Éternel est mon berger...

 

5 BOŽE! BOŽE! PÍSEŇ NOVOU (Psaume 144 :9, 145:1-3,5,6)

Ô Dieu, je te chanterai un cantique nouveau …

 

 

1 OBLAK A MRÁKOTA JEST VŮKOL NĚHO (Psaume 97 : 2-6)

Nuée et obscurité…


Oblak a mrákota jest vůkol Něho,

spravedlnost a soud základ trůnu Jeho.

Oheň předchází jej, a zapaluje vůkol nepřátele Jeho.

Zasvěcujíť se po okršlku světa blýskání Jeho;

to vidouc země, děsí se.

Hory jako vosk rozplývají se před obličejem Hospodina,

panovníka vší země

a slávu jeho spatřují všichni národové


2 Les nuages et l'obscurité l'environnent, La justice et l'équité sont la base de son trône.

3 Le feu marche devant lui, Et embrase à l'entour ses adversaires.

4 Ses éclairs illuminent le monde, La terre le voit et tremble ;

5 Les montagnes se fondent comme la cire devant l'Éternel, Devant le Seigneur de toute la terre.

6 Les cieux publient sa justice, Et tous les peuples voient sa gloire.

 

2 SKRÝŠE MÁ A PAVÉZA MÁ TY JSI (Psaume 119 :114-117,119,120)

Mon rempart et mon égide...


Skrýše má a pavéza má Ty jsi, na slovo Tvé očekávám.

Odstuptež ode mne nešlechetníci,

abych ostříhal přikázaní Boha svého.

Posiluj mne, bych zachován byl,

a patřil k ustanovením Tvým ustavičně.

Děsí se strachem před Tebou tělo mé;

nebo soudů Tvých bojím se náramně.


114 Tu es mon asile et mon bouclier ; J'espère en ta promesse.

115 Éloignez-vous de moi, méchants, Afin que j'observe les commandements de mon Dieu !

116 Soutiens-moi selon ta promesse, afin que je vive, Et ne me rends point confus dans mon espérance !

117 Sois mon appui, pour que je sois sauvé, Et que je m'occupe sans cesse de tes statuts !

119 Tu enlèves comme de l'écume tous les méchants de la terre ; C'est pourquoi j'aime tes préceptes.

120 Ma chair frissonne de l'effroi que tu m'inspires, Et je crains tes jugements.


3 SLYŠ O BOŽE! SLYŠ MODLITBU MOU (Psaume 55 : 1,2,4/5,6,7,8)

Ô Seigneur écoute mon cri...


Slyš, ó Bože! Slyš modlitbu mou,

a neskrývej se před prosbou mou.

Pozoruj a vyslyš mne, neboť naříkám v úpění svém

a kormoutím se,

Srdce mé tesklí ve mně, a strachové smrti přišli na mne.

a hrůza přikvačila mne.

I řekl jsem: Ó bych měl křídla jako holubice,

zaletěl bych a poodpočinul.

Aj, daleko bych se vzdálil, a přebýval bych na poušti.

Pospíšil bych ujíti větru prudkému a vichřici.


(55 :1) (55 :2) O Dieu ! prête l'oreille à ma prière, Et ne te dérobe pas à mes supplications !

3 (55 :4) A cause de la voix de l'ennemi et de l'oppression du méchant ; Car ils font tomber sur moi le malheur, Et me poursuivent avec colère.

4 (55 :5) Mon coeur tremble au dedans de moi, Et les terreurs de la mort me surprennent ;

5 (55 :6) La crainte et l'épouvante m'assaillent, Et le frisson m'enveloppe.

6 (55 :7) Je dis : Oh ! si j'avais les ailes de la colombe, Je m'envolerais, et je trouverais le repos

7 (55 :8) Voici, je fuirais bien loin, J'irais séjourner au désert .

 

4 HOSPODIN JEST MŮJ PASTÝŘ (Psaume 23 :1-4)

L’Éternel est mon berger...


Hospodin jest můj pastýř, nebudu míti nedostatku.

Na pastvách zelených pase mne,

k vodám tichým mne přivodí.

Duši mou občerstvuje, vodí mne po stezkách

spravedlnosti pro jméno své.

Byť mi se dostalo jíti přes údolí stínu smrti,

nebuduť se báti zlého, nebo Ty se mnou jsi;

a prut Tvůj a hůl Tvá, toť mne potěšuje.

1 L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien.

2 Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles.

3 Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, A cause de son nom.

4 Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : Ta houlette et ton bâton me rassurent.


1
OBLAK A MRÁKOTA JEST VŮKOL NĚHO (Psaume 97 : 2-6)

Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 17 janvier 2009

Un concert en tchèque, pourquoi ?
Lles mélodies seront chantées en tchèque.
On notera que les cinq premières mélodies de la partition sont accessibles librement sur Internet à l’adresse :

 http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Dvorak%27s_Biblicke_Pisne_i-3.jpg.
La taille du fichier (en haute définition, cela fait dix-huit pages de 7 MB en moyenne)empêche de le publier ici.
Sans parler de « massacre » de la musique originale pour les besoins de la version allemande et anglaise, après tout
Dvořák a assumé l’édition originale parue chez Simrock, on notera que les altérations rythmiques (la version allemande a des notes en plus, et d’autres notes en moins) sont nombreuses par rapport à la version tchèque. Le fac-similé de la version originalement éditée par Simrock à Berlin en 1895  sera disponible sur place le soir du concert pour consultation [1]



[1] “This the complete original piano-and-voice version. While the massacre of the original music to fit the German and English is appalling, it does contain the original Czech, and the original music for the Czech. The German and English should probably be considered only as a translation. This is the first five songs (out of ten), the other five are printed in a second volume I have not yet tracked down. I haven't been able to find Book 2, unfortunately.” This image (or other media file) is in the public domain because its copyright has expired. This applies to the United States, Canada, the European Union and those countries with a copyright term of life of the author plus 70 years.


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 12 janvier 2009



Vyšehrad, où est enterré Antonín Dvoøák (1841-1904), L'auteur de son buste et de son tombeau est Ladislav Šaloun qui les a créés en style Art Nouveau. Ladislav Šaloun (1870-1946), un des plus remarquables sculpteurs de Nouveau tchèque. Sa sculpture monumentale la plus connue est la statue de Jean Hus sur la Place de la Vieille Ville. Source : www.flickr.com/photos/24271543@N03/3055337585

Mercredi 4 Février à 20h 30 

 

 

 

CONCERT
autour de DVOŘÁK

I.N.J.A. (Institut National des Jeunes Aveugles)
56 boulevard des Invalides 75007 Paris (métro Duroc)
salle André Marchal, piano Bösendorfer

1. BIBLICKÉ PÍSNĚ (CHANTS BIBLIQUES) Op. 99 n° 1—5  de Antonín Dvořák

 

par Nicole Paramythioti, contralto

et Jean-François Hatton, piano.

Conseillère pour la syntaxe et la prononciation du tchèque : Eva Boryskova

 

2. interlude : l’histoire de Kaspar Dvořák, (1796-1846) alias Gaspard Deburau, évoquée par Jean Granoux d’après l’écrivain tchèque Egon Erwin Kisch  (1888-1948)
 

3. BIBLICKÉ PÍSNĚ Op. 99 (suite) n° 6—10  de  Antonín Dvořák

 

4. A. Dvořák : œuvres pour orgue
par Jean-François Hatton, orgue.


Prix : 15 €
(places numérotées) 10 € (placement libre)
en espèces ou chèque à l’ordre de la S.P.S. (pas de CB)

1. CHANTS BIBLIQUES (BIBLICKÉ PÍSNĚ), Op. 99 d'Antonín Dvořák,
sur le texte de la Bible de Kralice

 

par Nicole Paramythioti, contralto

Titulaire des premier prix de chant et d’art lyrique du CNSM, Nicole Paramythioti a un répertoire qui s’étend du baroque italien (les trois rôles graves de l’Orfeo de Monteverdi sur scène en 2006) à la musique du XXème siècle (mélodies Tsvetaeva de Chostakovitch) et à des oeuvres contemporaines (création de la cantate Ouvrant l’aube d’Eric Fischer) Titulaire du CA de chant, elle enseigne au conservatoire de Chatillon.

 

et Jean-François Hatton, piano et orgue. .

bio à rajouter

 

Conseillère pour la syntaxe et la prononciation du tchèque : Eva Boryskova


Jean Granoux, traducteur (les cahiers de l’estran), contribue à l'organisation des concerts de Brittany Mélodies


L’I.N.J.A. (Institut National des Jeunes Aveugles) mettant gracieusement à notre disposition la salle André Marchal et son piano Bösendorfer, et les musiciens ayant renoncé à leur cachet, la totalité de la recette du concert sera versée à la SPS.


La S.P
.S., SOCIÉTÉ DE PROMOTION SOCIALE en faveur des élèves et anciens élèves de l'Institut National des Jeunes Aveugles a été créée en 1843. C'est une association loi 1901, sise 56 boulevard des Invalides, 75007 PARIS. Elle est reconnue d'utilité publique depuis le 28 février 1866. A ce titre, l'association peut accepter des dons et legs. La S.P.S. a pour objet, d'aider ses adhérents, en priorité les élèves et anciens élèves de l'Institut National des Jeunes Aveugles dans leur parcours de formation et d'insertion socio-professionnelle. La S.P.S. organise également des concerts.

 


 


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 10 octobre 2008

 Vous trouverez ci-après quelques images du festival dûes à Nathalie Giraud. J'espère qu'elles feront plaisir à ceux et celles qui ont eu la joie d'y prendre part, et qu'elles feront envie à ceux et celles qui prendront part au Festival 2009....
JG


Concertos Rachmaninov / Lühl
Les éclairages de David Duquesnoy ont contribué à créer un climat assez magique à ces concertos
 

                                           Enguerrand-Friedrich Lühl, Mahery Andrianaivoravelona





Elisabeth Beaussier Della Corte







Autour de Clara Schumann


                                                                  Anne Rancurel


                                        Laura Losada, Marianne Jamet





Yedam Kim







Irish Chamber Choir of Paris


                                                 Jean-Charles Léon et l'Irish Chamber Choir of Paris


                                                               Matthieu Ferrandez, Jean-Charles Léon



Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 30 mai 2008

mis à jour au 17 SEPTEMBRE 2008 
 
Le festival de Pordic 2008 est terminé, et les Vaches ont réinvesti le VAUDIC...


le PETIT Havre à Pordic

festival organisé par “Brittany Mélodies”

avec PORDIC-ANIMATION et les Amis de la Chapelle du VAUDIC

piano, musique de chambre et musique sacrée

du 23 au 27 août 2008

Le programme en une PAGE

La billetterie EST Ouverte à compter du 24 juillet
à PORDIC-ANIMATION
(LOCAUX de l'office de Tourisme de PORDIC)
renseignements et réservations
n° 02 96 33 32 50

LES BILLETS SERONT également EN VENTE sur PLACE une demi-heure avant le CONCERT

tarifs : entrée 10 euros, tarif réduit 5 euros

passeport pour cinq concerts 30 euros

le site de POrdic (22590 côtes d'armor), entre mer et campagne, à 9 km de saint-Brieuc

http://www.pordic.fr


 

1. Samedi 23 août 2008 à la Ville Robert salle Massignon

Rachmaninov : concerto n° 2 (version pour deux pianos)

E.F. Lühl : concerto n°1 LWV 110 (création de la version pour deux pianos)

Hors programme  : arrangement E.F. Lühl: musique de films arrangée pour deux pianos

Enguerrand-Friedrich Lühl, Mahery Andrianaivoravelona, pianos

 

 

 

Enguerrand-Friedrich Lühl, Mahery Andrianaivoravelona, pianos









Pour en savoir plus, voir pages suivantes

 

2  Dimanche 24 août 2008 à la Chapelle du Vaudic

 Première suite pour violoncelle seul en sol de Jean-Sébastien Bach (BWV 1007)
Deuxième suite pour violoncelle seul en ré mineur de Jean-Sébastien Bach (BWV 1008)                                     ENTRACTE
Cinquième suite pour violoncelle scordato  en ut mineur de Jean-Sébastien Bach (BWV 1011)
Suite pour violoncelle seul de Gaspar Cassadó




Carte blanche à Elisabeth Beaussier Della Corte
, autour des suites pour violoncelle seul de J.S.Bach

·            Première suite pour violoncelle seul en sol de Jean-Sébastien Bach (BWV 1007)
·            Deuxième suite pour violoncelle seul en ré mineur de Jean-Sébastien Bach (BWV 1008)
                                     ENTRACTE
·         Cinquième suite pour violoncelle scordato  en ut mineur de Jean-Sébastien Bach (BWV 1011)
·         
Suite pour violoncelle seul de Gaspar Cassadó
photo : Elisabeth Beaussier Della Corte
  

Pour en savoir plus, voir pages suivantes

 

3. Lundi 25 août 2008 à la Ville Robert salle Massignon

 

Autour de Clara Schumann, concert-spectacle par Anne Rancurel, piano, Marianne Jamet, comédienne, avec la participation de Laura Losada, soprano. Le programme évoquera les programmes de concert favoris de Clara Schumann, une des plus grandes pianistes de son temps (J.S. Bach, Chopin, Liszt), les œuvres qu’elle a inspirées, créées ou les mélodies qu’elle a elle-même composées. Pour en savoir plus, voir pages suivantes

 

4. Mardi 26 août 2008 à la Ville Robert salle Massignon

 
Récital de piano par Yedam Kim : Beethoven, Albéniz, Bach, Rachmaninov, Chopin






Ludwig Van BEETHOVEN (1770 -1827)   Sonate Op. 53 No.21 'Waldstein'
  

Isaac ALBÉNIZ (1860-1909)                                  Triana (Extrait d'Ibéria 2ème cahier)
Jean-Sébastien BACH (1685-1750)          Fantaisie chromatique & fugue
                                                                               en ré mineur
   BWV 903  
 

Serge RACHMANINOV (1873-1943)      Variations  "Corelli " op. 42   

Frédéric CHOPIN (1810-1849)                     Etude Op.10 No.4 en do dièse mineur –

                                                                                Ballade Op.23 No.1 en sol mineur

  Pour en savoir plus, voir pages suivantes

 

5. Mercredi 27 août 2008 à la Chapelle du Vaudic

 

MUSIQUE SACRÉE : Stabat Mater de Pergolèse (1710-1736), Deux Motets baroques italiens : Ave Maria et Assumpta est Maria de Bencini (1670 ?-1755)
Au pied de l'autel, pièces pour orgue sans pédalier ou harmonium de Guy Ropartz (1864-1955)
Par l’IRISH CHAMBER CHOIR of PARIS, dir. Jean-Charles Léon, Matthieu Ferrandez, orgue positif.

Pour en savoir plus, voir pages suivantes

Nicole Paramythioti & Jean Granoux







Et pour finir,
un curieux texte de  Villiers de l'Isle-Adam, l'écrivain briochin (natif de Saint-Brieuc)


VILLIERS DE L’ISLE-ADAM

 

LE SECRET DE L'ANCIENNE MUSIQUE

A Monsieur Richard Wagner.

 

 

 

C'était jour d'audition à l'Académie nationale de Musique.

La mise à l'étude d'un ouvrage dû à certain compositeur allemand (dont le nom, désormais oublié, nous échappe, heureusement !) venait d'être décidée en haut lieu; - et ce maître étranger, s'il fallait ajouter créance à divers memoranda publiés par la Revue des Deux Mondes, n'était rien moins que le fauteur d'une musique "nouvelle"!

Les exécutants de l'Opéra ne se trouvaient donc rassemblés aujourd'hui que dans le but de tirer, comme on dit, la chose au clair, en déchiffrant la partition du présomptueux novateur.

La minute était grave.

Le directeur apparut sur le théâtre et vint remettre au chef d'orchestre la volumineuse partition en litige. Celui-ci l'ouvrit, y jeta les yeux, tressaillit et déclara que l'ouvrage lui paraissait inexécutable à l'Académie de musique de Paris.

- Expliquez-vous, dit le directeur.

- Messieurs, reprit le chef d'orchestre, la France ne saurait prendre sur elle de tronquer, par une exécution défectueuse, la pensée d'un compositeur.... à quelque nation qu'il appartienne. - Or, dans les parties d'orchestre spécifiées par l'auteur, figure un instrument militaire aujourd'hui tombé en désuétude et qui n'a plus de représentant parmi nous; cet instrument,qui fit les délices de nos pères, avait nom jadis : le Chapeau-chinois. Je conclus que la disparition radicale du Chapeau-chinois en France nous oblige à décliner, quoiqu'à regret, l'honneur de cette interprétation.

Ce discours avait plongé l'auditoire dans cet état que les physiologistes appellent l'état comateux. - Le Chapeau-chinois !!- Les plus anciens se souvenaient à peine de l'avoir entendu dans leur enfance. Mais il leur eût été difficile, aujourd'hui, de préciser même sa forme.- Tout à coup, une voix articula ces paroles inespérées « Permettez, je crois que j'en connais un". Toutes les têtes se retournèrent; le chef d'orchestre se dressa d'un bond « Qui a parlé ? » Moi, les cymbales », répondit la voix.

L'instant d'après, les cymbales étaient sur la scène entourées, adulées et pressées de vives interrogations. Oui, continuaient-elles, je connais un vieux professeur de Chapeau-chinois, passé maître en son art, et je sais qu'il existe encore !

Ce ne fut qu'un cri. Les cymbales apparurent comme un sauveur Le chef d'orchestre embrassa son jeune séide (car les cymbales étaient jeunes encore). Les trombones attendris l'encourageaient de leurs sourires ; une contrebasse lui détacha un coup d'oeil envieux; la caisse se frottait les mains  « Il ira loin! » grommelait-elle. Bref, en cet instant rapide, les cymbales connurent la gloire.

Séance tenante, une députation, qu'elles précédèrent,sortit de l'Opéra, se dirigeant vers les Batignolles,dans les profondeurs desquelles devait s'être retiré,loin du bruit, l'austère virtuose. On arriva.

S'enquérir du vieillard, gravir ses neuf étages, se suspendre à la patte pelée de sa sonnette et attendre,en soufflant, sur le palier, fut pour nos ambassadeurs l'affaire d'une seconde.

Soudain, tous se découvrirent : un homme d'aspect vénérable, au visage entouré de cheveux argentés qui tombaient en longues boucles sur ses épaules, une tête à la Béranger, un personnage de romance, se tenait debout sur le seuil et paraissait convier les visiteurs à pénétrer dans son sanctuaire.

C'était lui ! L'on entra.

La croisée, encadrée de plantes grimpantes, était ouverte sur le ciel, en ce moment empourpré des merveilles du couchant. Les sièges étaient rares : la couchette du professeur remplaça, pour les délégués de l'Opéra, ces ottomanes, ces poufs, qui, chez les musiciens modernes, abondent, hélas, trop souvent. Dans les angles s'ébauchaient de vieux chapeaux-chinois ; çà et là gisaient plusieurs albums dont les titres commandaient l'attention. C'était d'abord Un premier amour, mélodie pour chapeau-chinois seul, suivie de Variations brillantes sur le Choral de Luther, concerto pour trois chapeaux chinois. Puis septuor de chapeaux-chinois (grand unisson) intitulé : LE CALME. Puis une oeuvre de jeunesse (un peu entachée de romantisme) nocturne de jeunes Mauresques dans la campagne de Grenade, au plus fort de l'inquisition, grand boléro pour chapeau-chinois) enfin, l'oeuvre capitale du maître : Le Soir d'un beau jour, ouverture pour cent cinquante chapeaux-chinois.

Les cymbales, très émues, prirent la parole au nom de l'Académie nationale de Musique. « Ah! dit avec amertume le vieux maître, on se souvient de moi maintenant? Je devrais... Mon pays avant tout. Messieurs, j'irai. Le trombone ayant insinué que la partie à jouer paraissait difficile. « Il n'importe,» dit le professeur en les tranquillisant d'un sourire. Et, leur tendant ses mains pâles, rompues aux difficultés d'un instrument ingrat :- « A demain, messieurs, huit heures, à l'Opéra. » Le lendemain, dans les couloirs, dans les galeries, dans le trou du souffleur inquiet, ce fut un émoi terrible la nouvelle s'était répandue. Tous les musiciens, assis devant leurs pupitres, attendaient, l'arme au poing. La partition de la Musique-nouvelle n'était plus, maintenant, que d'un intérêt secondaire. Tout à coup, la porte basse donna passage à l'homme d'autrefois : huit heures sonnaient! A l'aspect de ce représentant de l'ancienne-Musique, tous se levèrent, lui rendant hommage comme une sorte de postérité. Le patriarche portait sous son bras, couché dans un humble fourreau de serge, l'instrument des temps passés, qui prenait, de la sorte, les proportions d'un symbole. Traversant les intervalles des pupitres et trouvant, sans hésiter, son chemin, il alla s'asseoir sur sa chaise de jadis, à la gauche de la caisse. Ayant assuré un bonnet de lustrine noire sur sa tête et un abat-jour vert sur ses yeux, il démaillota le chapeau-chinois, et l'ouverture commença. Mais, aux premières mesures et dès le premier coup d'oeil jeté sur sa partie, la sérénité du vieux virtuose parut s'assombrir; une sueur d'angoisse perla bientôt sur son front. Il se pencha, comme pour mieux lire et, les sourcils contractés, les yeux rivés au manuscrit qu'il feuilleta fiévreusement, à peine respirait-il!... Ce que lisait le vieillard était donc bien extraordinaire, pour qu'il se troublât de la sorte!...

En effet!... Le maître allemand, par une jalousie tudesque, s'était complu, avec une âpreté germaine, une malignité rancunière, à hérisser la partie du Chapeau-chinois de difficultés presque insurmontables ! Elles s'y succédaient, pressées! ingénieuses! soudaines. C'était un défi!– Qu'on juge : cette partie ne se composait, exclusivement, que de silences. Or, même pour les personnes qui ne sont pas du métier,qu'y a-t-il de plus difficile à exécuter que le silence pour le Chapeau-chinois?... Et c'était un CRESCENDO de silences que devait exécuter le vieil artiste !

Il se roidit à cette vue ; un mouvement fiévreux lui échappa Mais rien, dans son instrument, ne trahit les sentiments qui l'agitaient. Pas une clochette ne remua. Pas un grelot Pas un fifrelin ne bougea. On sentait qu'il le possédait à fond. C'était bien un maître, lui aussi !

Il joua. Sans broncher! Avec une maîtrise, une sûreté, un brio, qui frappèrent d'admiration tout l'orchestre. Son exécution, toujours sobre, mais pleine de nuances, était d'un style si châtié, d'un rendu si pur, que, chose étrange ! il semblait, par moments, qu'on l'entendait!

Les bravos allaient éclater de toutes parts quand une fureur inspirée s'alluma dans l'âme classique du vieux virtuose. Les yeux pleins d'éclairs et agitant avec fracas son instrument vengeur qui sembla comme un démon suspendu sur l'orchestre :

- Messieurs, vociféra le digne professeur, j'y renonce! Je n'y comprends rien. On n'écrit pas une ouverture pour un solo! Je ne puis pas jouer! c'est trop difficile. Je proteste! au nom de

M.Clapisson ! Il n'y a pas de mélodie là-dedans. C'est du charivari !

L'Art est perdu ! Nous tombons dans le vide. Et, foudroyé par son propre transport, il trébucha.

Dans sa chute, il creva la grosse caisse et y disparut comme s'évanouit une vision ! Hélas! il emportait, en s'engouffrant ainsi dans les flancs profonds du monstre, le secret des charmes de l'ancienne-Musique.

 

Villiers de l’Isle-Adam est un écrivain post-romantique breton, auteur des Contes cruels dont ce texte est extrait. Excellent musicien, Villiers a beaucoup joué de piano et il a aussi beaucoup composé ; tout a disparu, à part « la Mort des amants » une mélodie sur un poème de Baudelaire. Le secret des charmes de la musique de Villiers a été emporté, lui aussi …


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 30 mai 2008

CLASSICAL MUSIC in PORDIC 
"Brittany Melodies" THIRD FESTIVAL


















FIVE CONCERTS OF CLASSICAL MUSIC 23—27 AUGUST, 2008

 

IN THE  CENTRE CULTUREL DE LA VILLE ROBERT
And in the chapel of  LE VAUDIC in Pordic


A “BRITTANY MELODIES” PRODUCTION
TOGETHER WITH PORDIC ANIMATION

 

INFORMATIONS  & BOOKING : 02 96 33 32 50 (Pordic Animation is located within the premises of the Tourist Office)
  TICKETS 10 €   —  reduced 5 € —

Free admittance for children

FREE PASS TO THE FIVE CONCERTS 30 €

http://brittany-melodies.over-blog.com

 

SATURDAY 23 AUGUST, 2008 20 H 30

 in the Centre Culturel de La Ville Robert

 Enguerrand-Friedrich Lühl, Mahery Andrianaivoravelona, pianos

 RACHMANINOV, E. F. LÜHL, music for a film

 

First part :       S. RACHMANINOV (1873-1943): concerto n° 2 (version for two pianos)

Second part     E. F. LÜHL (1975) concerto n°1 LWV 110 (version for two pianos, première)

As an 'encore'   E.F. LÜHL: film music arranged for two pianos

 

 

     SUNDAY 24 AUGUST, 2008 20 H 30



 in
the chapel of Le VAUDIC in Pordic

 
Elisabeth Beaussier Della Corte, cello

 
J. S. BACH, Gaspar  CASSADÓ




J.S. BACH
(1685-1750) :
First suite for cello solo (BWV 1007)
J.S. BACH  : Second suite for cello (BWV 1008)
                        Intermission
Gaspar CASSADÓ  : suite for cello
J.S. BACH  : Fifth suite for cello scordato (BWV 1011)







  MONDAY 25 AUGUST, 2008 20 H 30

  in the Centre Culturel de La Ville Robert

  Anne Rancurel, Marianne Jamet, Laura Losada

  A Clara SCHUMANN  evening

 

A performance concert with Anne Rancurel, piano, Marianne Jamet, actress, Laura Losada, soprano

Clara (WIECK-)SCHUMANN (1819-1896) Romantic Waltz op.4 , Lieder op 12, 13, 23 Romance op.11

Robert SCHUMANN (1810-1856), Carnaval op.9« Carnaval de Vienne » op.26 Der Nussbaum (Myrten op.25)

Felix MENDELSSOHN (1809-1847) Romance sans paroles op.19 n°3 La chasse

Frédéric CHOPIN (1810-1849) « Barcarolle » op.60

Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827) Sonate op.31 n°2, 1st mvt

Johannes BRAHMS (1833-1897) «Capriccio » op.76 n°1

Johann-Sebastian BACH (1685-1750) Prélude n°13 du Clavier bien tempéré

  

   TUESDAY 26 AUGUST, 2008 20 H 30  
   in the  Centre Culturel de La Ville Robert 
   Yedam Kim (born 1988 in South Korea)
   
Piano recital 

♦ L. van BEETHOVEN (1770-1827)
Sonate Op. 53 No.21 'Waldstein'  Sonata

 ♦ I. ALBÉNIZ (1860-1909)
Triana (from Iberia)
                                         Intermission

                     ♦ J. S. BACH (1685-1750)
                           Chromatic Fantasy and fugue BWV 903 

                            ♦ S. RACHMANINOV (1873-1943)
                           " Corelli "  Variations Op.42

                             ♦ Frédéric CHOPIN (1810-1849)      
                             Study (étude)  Op.10 No.4 
                             Ballade Op.23 No.1 

 

 

  WEDNESDAY 27 AUGUST, 2008 20 H 30  
  in
the chapel of Le VAUDIC in Pordic  
  IRISH CHAMBER CHOIR OF PARIS direction J.Ch. LÉON

  Sacred Music
  ♦  STABAT MATER
by Giambattista Pergolesi (1710-1736),
  
  ♦  Ave Maria
 by Pietro Paolo Bencini (1670-1755).                        
  ♦  Assumpta est Maria by Pietro Paolo Bencini 
                        
 ♦ Au pied de l’autel (down the altar)
, by Guy Ropartz (1864-1955) for organ without
 pedals or harmonium


Details Concert by the "Irish Chamber Choir of Paris", a women’s vocal consort led by Jean Charles Léon, Matthieu Ferrandez positive organ.


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 30 mai 2008

1. Samedi 23 août 2008 à la Ville Robert

dernière mise à jour le 3 août 2008
« Piano en voyage à travers le temps »
Rachmaninov : concerto n° 2 (réduction pour deux pianos établie par le compositeur) 

E.F. Lühl : concerto n°1 LWV 110 (création) (réduction pour deux pianos du concerto LWV 52) 

E.F. Lühl : musiques de film arrangées pour deux pianos

Enguerrand-Friedrich Lühl, Mahery Andrianaivoravelona, pianos

Pour vous faire une idée de la musique d'Enguerrand-Friedrich Lühl, vous pouvez voir un reportage de  6 minutes 30 de France 3
Bourgogne Franche-Comté sur le concert du 27 juillet 2007 à la Basilique de Vézelay, dans le cadre du Tricentenaire de la mort de Vauban (1707-2007), avec le REQUIEM VAUBAN, oeuvre du compositeur Enguerrand-Friedrich Lühl. Avec la Camerata de Bourgogne, sous la direction de Pierre Cao. Choeurs Internationaux du Festival Musique en Morvan (direction Pierre Corneloup). Soprano : Yaroslava Dautry-Sheveyaga Réalisation : France 3 Bourgogne Franche-Comté en utilisant le lien suivant :
http://www.dailymotion.com/video/x4w43b_07requiem-vauban-basilique-de-vezel_music
On peut également entendre et voir trois extraits de la création du Requiem de E.F. Lühl à la mémoire du maréchal de Vauban LWV 61 en la cathédrale Saint-Louis des Invalides à Paris : ils sont accessibles sur
www.dailymotion.com en tapant dans la fenêtre « rechercher » requiem vauban.

 
ENGUERRAND-FRIEDRICH LÜHL DOLGORUKIY, pianiste- compositeur- chef d’orchestre

Né à Paris en 1975. Après avoir terminé brillamment ses études de piano à la Schola Cantorum, Lühl complète sa formation en entrant à 15 ans au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Trois ans après, il obtient un Premier Prix de piano à l’unanimité. Parallèlement à son cursus de piano, il suit des cours d’analyse musicale, de jazz, de musique de chambre, de direction d’orchestre, d’harmonie et de contrepoint avec une passion grandissante. Après ses études, il entre dans le monde charismatique du Concours International et s’y consacre pleinement. Dès 1998, il devient lauréat de plusieurs concours, dont notamment Rome, Pontoise et le Tournoi International de musique. Depuis, il fréquente les grandes scènes d’Europe (récitals, musique de chambre, avec orchestre). La presse le qualifie unanimement de concertiste international.
Il travaille depuis des années l’intégrale des oeuvres du compositeur russe Alexandre Scriabine. S’étant déjà produit en récital avec les préludes, les études et le concerto, il entreprend actuellement l’étude des poèmes. Il travaille depuis 2005 pour le compositeur américain John Williams, pour lequel il transcrit les partitions de ses plus grands thèmes de musique de films pour piano seul et deux pianos. Il a enregistré en 2003 le CD « John Williams au piano vol. I » avec ses propres arrangements des plus grands thèmes d’Hollywood pour piano seul. Un deuxième volume vient d’être enregistré avec les plus grands thèmes de Star Wars pour deux pianos.
Son catalogue de compositeur est considérable : cinq symphonies, un concerto pour piano, environ 120 pièces pour piano seul, des orchestrations et réductions, une musique de film... Son opéra « Unvergessen » (« Inoubliable ») en trois actes sur un drame historique a été crée en janvier 2004 à Bolzano (10 représentations). L’Association Vauban lui a commandé une série d’œuvres commémoratives pour célébrer l’année des 300 ans de la mort du Maréchal en 2007 : un Requiem « in memoriam Vauban »,  le poème symphonique « La Chamade » sur l’ouvrage « Traité d’attaque des places en douze temps », essai stratégique du Maréchal, une symphonie de chambre pour orchestre à cordes, un quatuor à cordes, illustrant des lettres originales de Vauban, une « Suite Royale » pour corde ou flûte seule.
Il travaille en collaboration avec les éditions phonographiques POLYMNIE pour l’intégrale de l’enregistrement de ses œuvres. Sont déjà disponibles ses quatre premiers quatuors à cordes, et le ‘Requiem Vauban’. D’autres albums sont en préparation. Il travaille en collaboration avec les éditions musicales ARMIANE à Versailles.
Lühl-Dolgorukiy est un artiste complet. Grand amateur d’Art Nouveau, de peinture impressionniste et d’architecture de la Renaissance italienne, il est également l’auteur de nombreuses œuvres littéraires en trois langues dans les thématiques les plus diverses (essais, romans à caractère historique, philosophique, futuriste ou dramatique, recueils de poésies, ouvrages scientifiques musicologiques, nouvelles…).
 
MAHERY ANDRIANAIVORAVELONA, pianiste
  
 Après des études de piano aux C.N.R. de Rueil-Malmaison et de Boulogne-Billancourt, Mahery Andrianaivoravelona entre au CNSM de Paris en 1991 (piano avec Michel Béroff et Denis Pascal, musique de chambre avec J. Mouillère et Jean-Philippe Audoli).  Il obtient en 1995 le Diplôme de Formation Supérieure du CNSM de Paris, ainsi que les attestations d'histoire du jazz, d'acoustique, de déchiffrage et d'analyse. Premier Prix au Concours du Royaume de la Musique, au Concours Claude Kahn ou Concours de Saint-Nom La Bretèche. Il s'est produit pour la première fois avec orchestre à l'âge de 13 ans en interprétant le 9ème Concerto K271 "Jeune homme" de Mozart, et est depuis régulièrement invité en France, en Allemagne (Hattersheim), en Italie (Rome), en Tunisie (Hammamet) à La Réunion, et dernièrement à Madagascar, à l'occasion de divers festivals, congrès médicaux et pour des œuvres caritatives (concerts au profit des victimes du cyclone Geralda à Antananarivo, éditions 2002 et 2003 du Téléthon avec le COUPS, Chœur et Orchestre de l'Université Paris-Sorbonne et à l'église St-Merry).  Il a enfin participé à une des dernières Master Classes de György SEBOK, à l'Académie Internationale de Barèges (Pyrénées). Depuis 2004, il forme un duo avec Enguerrand-Friedrich Lühl. Ils préparent une série de concerts autour des plus belles pages d’Hollywood, notamment avec « l’intégrale Star Wars » pour deux pianos. Parallèlement à son activité de concertiste, Mahery enseigne le piano au Conservatoire Municipal de Villetaneuse et mène une action pédagogique soutenue à Madagascar au travers d'ateliers, de Master Classes, de concerts et de jury de concours.  Il travaille étroitement avec le pianiste et chef d’orchestre Philippe Barbey-Lallia à l’enregistrement de l’intégrale des pièces pour piano de Lühl aux éditions phonographiques POLYMNIE (distribution Intégral - 9 CDs), dont les deux premiers volumes sont prévus pour une sortie en 2009.

 Rachmaninov : Concerto pour piano et orchestre n°2 op. 18

Le 15 mars 1897, Rachmaninov venait d’essuyer le plus grand échec de sa carrière auprès du public de Saint-Pétersbourg avec la création de sa première symphonie op. 13 en ré mineur. Assis sur les barreaux de fer d’un escalier de secours aboutissant à l’amphithéâtre de la Salle de la Noblesse, il vécut l’heure la plus douloureuse de sa vie. Pour lui, les dissonances inaudibles le déchiraient et transformèrent chaque mesure en marche au supplice.
Rachmaninov n’était pas un artiste révolutionnaire, pas un Scriabine aux visions philosophico-transcendantales en quête de l’absolu, pas un Taneïev allant se réfugier dans son laboratoire personnel de sons, ni un Moussorgski prêt à se faire brûler sur le bûcher  pour ses idéaux. Rachmaninov  était un être simple, qualité qui lui rendit bien des années plus tard la célébrité qu’il mérite. Pendant plusieurs mois, il n’écrivit plus une seule note. Ce trouble cérébral lui fit perdre tout faculté créatrice et il sombra peu à peu dans l’alcoolisme profond. Jeune, il se différencia totalement du Rachmaninov que l’on connut plus tard : passionné, s’emballant vite, sentimental et affectueux jusqu’au bout des ongles, il avait vite pris l’habitude de ses premiers succès. La création de cette symphonie allait changer son tempérament à jamais.
Les amis de Serge pensaient que s’il arrivait à rencontrer Tolstoï, celui-ci pourrait lui venir en aide, la dépression détériorant rapidement son état de santé. La princesse Alexandra Liévin, amie intime de Serge, écrivit au grand écrivain : « Ce garçon est en train de s’effondrer. Il a perdu tout confiance en lui. Tâchez de le remonter. »  Mais même quelqu’un comme Tolstoï ne réussit pas à «  remonter » le moral de ce jeune artiste, proche du suicide. Ce fut Alexandre Siloti, également pianiste et chef d’orchestre, qui accourut (une fois de plus !) au secours de son cousin. En même temps qu’il acceptait de faire vivre Serge pendant deux ans afin de lui permettre de se consacrer entièrement à la composition, ses cousines, les sœurs Satin, finirent par le décider à consulter le Dr Nicolaï Dahl. C’était un psychiatre qui s’était spécialisé dans la désintoxication des alcooliques au moyen de l’hypnotisme. Le Dr. Dahl était aussi un fervent de musique. Il jouait fort bien du violon et organisait chez lui des soirées de musique de chambre. De janvier à avril 1900, Rachmaninov se rendit tous les jours chez le Dr. Dahl où, d’après lui, il demeurait à demi endormi dans un fauteuil tandis que le médecin répétait, pour le suggestionner, la formule : « Vous allez vous mettre à écrire votre concerto […] Vous travaillerez sans aucune peine […] Le concerto sera excellent […] »   On ne sait si Dahl essaya autre chose que d’affermir chez Rachmaninov la confiance en lui et d’en relever le moral car Rachmaninov resta extrêmement discret à propos de ces années de sa vie et très peu de documents nous livrent un aperçu concret sur son quotidien dans les années 1897-1900. Quoiqu’il en soit, le traitement du Dr. Dahl sembla avoir été miraculeusement profitable aux dons créateurs de l’artiste qui, de son côté, s’engagea dans une voie nouvelle et plus heureuse. Rachmaninov cessa de boire et pendant le reste de sa vie, c’est à peine s’il avala jamais un peu d’alcool. Le 2 décembre 1900, au cours d’une représentation de bienfaisance que le Comité pour le Soulagement des Souffrances des Prisonniers avait organisée et donnée à la salle de la Noblesse, à Moscou – la princesse Liévin et Mme Satin, la tante de Serge, faisaient partie du Comité – il joua les deux derniers mouvements de son concerto avec Siloti au pupitre. Encouragé par ce premier succès depuis sa malheureuse symphonie, Serge compléta le concerto en y ajoutant le premier mouvement et il le joua en entier l’année suivante, le 27 octobre 1901, au cours d’un concert donné par la Philharmonique de Moscou. C’était la première audition de l’une des œuvres les plus populaires de la littérature pianistique. Serge se remit à écrire, son histoire reprit vie.  La version présentée ici est une réduction originale de la partie d’orchestre adaptée par l’auteur.  On notera que mardi 26 août, Yedam Kim interprétera les Variations sur un thème de Corelli, du même Serge Rachmaninov; une oeuvre plus tardive et toute différente, en apparence (voir à la date du 26 août). Ce deuxième concerto de Rachmaninov a été très utilsé par le cinéma, notamment dans "Nous nous sommes tant aimés" un film américain (1946) de Frank Borzage et dans "Partir revenir" (1984) de Claude Lelouch, avec Annie Girardot, Jean-Louis Trintignant, Richard Anconina, Françoise Fabian, etc. Selon Claude Lelouch lui-même, "Partir, revenir" est dans une très large mesure agencé autour du concerto n°2 de Rachmaninov, auquel Michel Legrand a rajouté un quatrième mouvement (sic!). Lelouch justifie son choix par la concordance entre cette musique et la période historique décrite dans le film : "cette oeuvre, composée par Rachmaninov à la suite d'une dépression nerveuse, correspondait exactement à ces années 1943-45 qui ont été, d'une certaine façon, la plus grande dépression nerveuse collective de tous les temps."
Le concerto peut aussi être entendu dans de nombreux autres films parmi lesquels "Sept Ans de réflexion", où Marilyn Monroe dit: « Chaque fois que je l'entends, j'éclate en morceaux!... Ça me secoue ! Ça me fait trembler ! Ça me donne la chair de poule ! Je ne sais plus où je suis, ni qui je suis, ni ce que je fais! »


Lühl : Concerto pour deux pianos en fa mineur LWV 110

Aucune trace littéraire ou épistolaire n’a pu être trouvée pour tenter d’entrer dans les traces du procédé de composition du premier concerto en fa mineur de Lühl. Le compositeur est toujours resté très discret quant à sa méthode de travail, ce qui ne facilite pas la tâche des musicologues désireux d’analyser ses œuvres. Cependant, quelques informations sont révélées dans la partition. Il n’existe pas d’ordre dans la composition des mouvements d’un concerto, l’artiste ne commence pas systématiquement par le premier mouvement pour terminer par le final. Ainsi, Rachmaninov avait, en 1900, composé les deux derniers mouvements de son deuxième concerto avant de commencer le premier. Chez Lühl, ce schéma se reproduit ; en effet, il commença par le deuxième mouvement entre le 18 et le 24 novembre 1998. Le mouvement aurait originairement été composé pour un concours de composition,  dont le nom reste inconnu, mais le compositeur n’avait pas l’intention de se limiter à une seule pièce isolée pour piano et orchestre, destinée à un concours auquel la chance de récolter une récompense aurait été très infime. Il pensait déjà à une œuvre plus ambitieuse, libre des jugements d’un jury et des critiques par rapport à son style « anachronique » pour un compositeur dit « contemporain ». Du 15 au 22 août 1999, il compose le premier mouvement et quelques mois plus tard, il complète son premier concerto pour piano et orchestre en fa mineur, portant le numéro 52 dans son catalogue d’œuvres avec le final enjoué entre le 14 et le 19 décembre de la même année.
Lühl a peu écrit sur commande ; comme Rachmaninov, il a toujours suivi son instinct d’artiste et fait fi des modes et coutumes, faisant uniquement confiance à sa maîtrise de l’écriture et à la recherche constante d’une unité de style et de qualité dans son œuvre. En effet, son travail exacerbé sur la recherche de l’unité de style se fait aussi sentir ici au travers des trois mouvements de ce concerto, malgré les mois qui séparent leur composition. Comme pour le deuxième concerto de Rachmaninov, les mouvements s’enchaînent naturellement, tout s’enlace de manière extrêmement fluide et harmonieuse et dans une grande majesté.
La version présentée ici est une adaptation de l’auteur de la version originale avec orchestre, portant dans son catalogue d’œuvres le numéro 110. Cependant, contrairement aux transcriptions classiques d’oeuvres pour soliste et orchestre, Lühl étoffe également la partie soliste en y ajoutant aux moments de pause des parties de l’orchestre pour compléter l’appareil musical du deuxième piano, réducteur officiel de la partie d’orchestre. Ainsi, les deux instruments fonctionnent en continu et le rôle du soliste s’efface par moments au profit d’une masse musicale commune aux deux instruments.
Sur le manuscrit, Lühl avait déjà écrit à l’époque « Klavierkonzert Nr. 1 », prévoyant un deuxième concerto dans un futur proche. Un deuxième concerto est effectivement en préparation, mais, compte tenu de l’emploi du temps de l’artiste, la création sur scène risque de se prolonger encore quelques années.

© Samuel Azenkat, droits réservés


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 30 mai 2008

 

2  Dimanche 24 août à la Chapelle du Vaudic

 

« Carte blanche à Elisabeth Beaussier Della Corte », violoncelle.

 

Elisabeth Beaussier Della Corte  a choisi d’articuler son programme autour des Suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach, un des monuments de la musique pour violoncelle, et de la musique tout court. Nous entendrons successivement : 

·       La première suite en solpour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach (BWV 1007) ·        La deuxième suite en ré pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach (BWV 1008)

                                                                     ENTRACTE
·     La
cinquième suite pour violoncelle scordato  en ut mineur de J.S. Bach (BWV 1011)
·      
Suite pour violoncelle seul de Gaspar Cassadó (1897-1966)

Gaspar Cassadó i Moreu est un violoncelliste et compositeur catalan, élève de Pau Casals (interprétation) de Maurice Ravel et de Manuel de Falla  (écriture).  Il a joué avec les plus grands, dont Yehudi Menuhin et Arthur Rubinstein.  Professeur à l'Académie Chigiana à Sienne (Italie) il s'installe ensuite à Florence, où  a lieu tous les deux ans le concours de violoncelle Gaspar Cassado. Il a créé beaucoup d'oeuvres écrites pour lui (Martinu, Rodrigo, Malipiero) et il a composé, outre la suite que nous entendons ce soir, un Oratorio, une sonate pour piano et un concerto pour violoncelle. Comme Elisabeth Beaussier, il était amateur de beaux violoncelles : il jouait sur un Stradivarius de 1709 qui avait appartenu à Boccherini ....
  
  Après ses premières études musicales au Conservatoire de Valenciennes, Elisabeth Beaussier della Corte obtient au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles un 1er Prix de violoncelle. Élève d'André Navarra à la Hochschüle für Musik de Detmold (RFA) et à l'Académie Chigiana de Sienne (Italie). Professeur au CNR d'Amiens, puis à l'ENM de Meudon (violoncelle et musique de chambre).  Elle a été membre de l'Orchestre National de Lille et de l'Orchestre National de France (tournées).  Elle a enregistré avec P. Gallois et J. Pontet l'intégrale de l'oeuvre pour flûte et basse, pour flûte, violon et basse, pour deux flûtes et basse de JS. Bach (JVC Japon).  À noter qu’Elisabeth Beaussier della Corte joue sur deux instruments différents :

- un Guersan 7/8 de 1740, contemporain de Jean-Sébastien Bach ;
cet instrument est signé du grand luthier parisien Louis Guersan (1700-1770) dont plusieurs instruments sont au Musée de la Musique parmi lesquels de nombreux "pardessus de viole" et  un violoncelle de 1754 (longueur de caisse de 718 mm) et un autre de 1748 (longueur de caisse : 705 mm) comparables, mais pas identiques,  à celui d'Elisabeth Beausier (longueur de caisse de 714 mm) . Ce  Guersan  est un peu plus grand que les violoncelles 3/4  (69 cm maxi)  et un peu plus petit  que les violoncelles modernes (75.5 cm).  La beauté des formes, comme la subtilité des différences de taille, évoque le mystère des carènes de bateaux . Là aussi, ce sont les beaux instruments qui donnent les meilleurs résultats, mais il faut un oeil exercé pour s'y reconnaître.




- et un Vuillaume romantique.  Cet instrument est signé de Jean-Baptiste Vuillaume (né en 1798 à Mirecourt et mort en 1875 à Paris), il a été fait à Paris en 1840.  Il mesure environ 75 cm de haut. Les amateurs distingueront les subtiles différences de forme entre les deux instruments, notamment la forme des "ouïes" (les ouvertures dans la "table" en forme de S majuscule) et des "échancrures".  Pour en savoir davantage sur le personnage fascinant de Vuillaume, le luthier de Paganini, entre autres, on consultera avec profit le site  de la Cité de la Musique :
 mediatheque.cite-musique.fr/mediacomposite/CMDE/CMDE000001300/04.htm


 

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus